Mercredi 15 octobre 2008

CAROLINE

 

Quand faut y aller…nous….on y va … !

 

Après beaucoup d’hésitations, adieu mari, enfants, Pays Basque… et nous voilà dans l’avion direction Marrakech sans trop comprendre ce qui nous arrive.

Après un long voyage en bus à travers l’atlas, nous arrivons à Agdz, petit village du sud marocain, aux portes du désert…. D’ailleurs la chaleur est bien au rendez vous. D’emblée, les différences nous assaillent : couleurs, odeurs, mode de vie aux antipodes des nôtres. Nos certitudes vacillent…

 

L’accueil dans les familles :  enchantée...

 

Une famille berbère m’accueille dans sa maison. Il s’agit d’une partie de la ville composée de maison en terre dont les terrasses en hauteurs communiquent et on peut ainsi se déplacer par les toits pour se rendre chez un voisin.

Il est tard, j’ai envie de dormir, on m’a servi du thé des gâteaux, j’ai sommeil, mais je ne savais pas qu’après la prière  vers 23h, en fait on mange ! Premier repas autour assis autour d’une table basse, les hommes mangent à part. On me donne une cuillère mais zut, je me suis trompée de main, c’est avec la droite !

On me tend le verre où tout le monde boit, que faire, on m’a conseillé de ne boire que de l’eau en bouteille, mais refuser est trop difficile, je ne veux pas les vexer. De toute façon, au cours du séjour, il fera tellement chaud que j’ai bu pratiquement tout ce que l’on me propose : thé, eau coca…

Où est la douche ? Ah, c’est dans les toilettes avec un seau. Enfin, on m’installe un drap sur le tapis et je peux enfin dormir à la belle étoile.

 

Au fil des jours je découvre nos différences : d’abord enchantée  par l’accueil qui m’est réservée, je m’enthousiasme sur leur mode de vie. Prise en charge par les femmes de la famille, je vais avec elles boire le thé chez les voisines, m’installe de longs moments sur le tapis, bercée par leur conversation. On essaie de se comprendre, une ou deux parlent un peu le français. On s’explique par des gestes et les fous rires arrivent. Un soir, je rentre du stage, la gamine m’attend me prend par la main et m’entraine je ne sais où. Quelques rues après, elle me pousse dans l’entrée d’une maison emplie de femmes. Une me guide jusqu’à une autre et ainsi de suite, la maison est pleine à craquer et je me retrouve au beau milieu de la cour centrale. Ouf, je reconnais Neîma, elle rigole de ma tête ahurie, en fait je suis en plein dans une soirée réservée aux femmes lors d’un mariage. Les tambourins résonnent, elles tapent dans leurs mains. C’est beau de voir toutes ces femmes dans des robes magnifiques, avec leurs plus beaux foulards. C’est un océan de couleurs. D’un coup, je réalise, je suis en jean et t-shirt manches courtes, la tête découverte. D’ailleurs, bon nombre de regards sont braqués sur moi, de la curiosité mêlée à de l’amusement dans leurs yeux. Je murmure à Neima : je ne suis pas habillée comme il faut, je n’ai pas de foulard. Elle me sourit : « ce n’est pas grave, ici tu es mon amie… » Merci Neima.

Je suis touchée par la solidarité et la convivialité qui règne ici. Je retrouve cette notion de temps. Le temps de ne rien faire, le temps de se laisser porter… Moi qui suis mère de famille avec de prime un travail, j’ai l’habitude de gérer, de contrôler les événements. Ici, je suis dans un autre monde, j’ai perdu mes repères.

 

Ah ! L’interculturel….

 

Au début, j’avoue que cela  a été très dur, cette sensation de ne plus rien maitriser. Que ce soit auprès de ma famille, qui se débrouille très bien sans moi à mille kilomètres ou bien ici chez mes amis marocains qui me prennent complètement en charge. Puis peu à peu, je me laisse happée par ce rythme, calme et lent où l’on n’a peu de prise sur les événements. Des situations qui en France m’aurait fait bouillir de colère, me laissent ici plus sereine. Un exemple : les spectacles que nous devront jouer doivent se produire en fin d’après midi, nous ne les jouerons jamais avant 23 heures au moins…

C’est un aspect du séjour qui m’a le plus marqué et aussi changé. Notre façon de vivre à nous, souvent pressés, dans l’activisme et la consommation, je me suis promis de garder de cette expérience cette façon de se laisser porter, de faire confiance, de vivre le temps.

 

Les dures réalités d’ici et de là-bas

 

Mais ce coté agréable de leur vie communautaire a vite révélé son autre face. La réalité de la condition féminine notamment m’a émue profondément. Que ma vie de femme et de mère est à l’opposé de la leurs ! Je prends pleinement conscience de la liberté que j’ai et du devoir de la préserver. En effet, ces femmes sont sous l’emprise de leurs maris et de la société, elles sont là pour servir leurs maris et élever leurs enfants. Pas question de faire des études, elles n’ont pas accès à la culture. De même, leurs sorties se limitent aux proches voisinages. Parler de weekends, de vacances, de voyages ?  Un jour lors du stage, nous devions mimer deux clowns en voyage. Nos deux stagiaires marocaines sont certes parties…mais travailler dans le village voisin !

Un autre fait révélateur de cette situation se passe un soir : je me rends à la fête du quartier voir un de nos amis marocain qui doit se produire avec son groupe. Arrivé là, quelle surprise, les hommes sont assis sur un tapis, les femmes sur un autre à l’opposé.  Personne ne danse, personne n’applaudit…

 

Le stage proprement dit

 

 Nous avons commencé par apprivoiser notre clown. Jean Pierre me donne un nez rouge et voilà, je suis qui maintenant ? Un peu moi-même, un peu différente…. Je découvre peu à peu ce plaisir de faire rire, moi qui suis plutôt de nature réservée. Le clown est aussi là pour dire des choses, à sa façon, sensible, émotive, triste ou joyeuse mais jamais méchante. D’ailleurs,  un jour il m’a été utile. Lors du repas du midi, un des participants marocain me dit de façon très sérieuse que les femmes sont inférieures aux hommes. Pour lui, c’est un état de fait et rien ne peut le faire changer d’avis. Sa position m’agace certes mais je vois bien que la discussion ne mène nulle part. L’après midi, je me retrouve avec lui dans un exercice de clown. Les consignes sont simples. Un clown, ce sera moi, entre sur scène et attend. Quelques minutes après, l’autre clown arrive et arrive ce qui doit arriver. Sans l’avoir calculé, je me trouve à faire la fiancée offensée qui attend son promis. Et au fil de jeu, il se mettra à genoux devant moi, m’offrant tout ce qui lui tombe sur la main pour se faire pardonner ! 

 

Déambuler dans les rues du village !

 

Mais le moment le plus fort reste la déambulation. Nous avons passé quasiment trois heures en clown à défiler avec les associations locales. Quel plaisir et que d’émotions ressenties alors ! Voir les sourires des enfants et adultes, leurs regards étonnés et ravis, on est vraiment dans le plaisir de don et de l’échange.

 

Le « Théâtre Images » et le « Théâtre Forum »

 

Ce qui m’a toutefois le plus plu est le théâtre image et forum. J’ai vite compris l’intérêt de se servir aussi du clown dans ses techniques. J’ai endossé le rôle d’une femme soumise à un mari violent et dont la fille essaie de se rebeller. La mère ne l’aide pas, elle l’incite même à accepter sa condition en finissant sur un résigné : ma fille c’est comme ça la vie. En travaillant les personnages et en observant la réalité des femmes la bas, j’ai pu commencer à comprendre cette acceptation de leur sort, chose qui nous paraissent à nous tellement insupportable. Les préjugées et tabous sont tellement nombreux là bas, mais il ne suffit pas de juger pour faire avancer les choses. De vivre cette situation par le théâtre m’aidera certainement dans mon travail d’éducatrice afin de mieux saisir appréhender certaines situations difficiles.  

Les représentations

 

Nous avons donné trois représentations, la première fut terrible : je jouais du coté où étaient assis les hommes et j’ai ressenti avec force leur hostilité. Je voyais bien qu’ils étaient d’accord avec l’homme qui était mon mari dans la pièce. J’étais tellement déroutée que je me suis trompée dans ma réplique. Merci à mon collègue marocain d’avoir rattrapé cela !

Les deux dernières se sont bien mieux passées et j’ai pu observer l’impact que pouvait avoir cette forme de représentation.

 

Je n’oublierai pas nos discussions et les débats que cela à engendrer. 

Par jpbes
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Mercredi 15 octobre 2008

Stéphan

Mes premiers pas au Maroc 


Marrakech premier pas sur le sol marocain, ça y est je suis en Afrique après avoir tant douté à cause d’un passeport délivré deux jours avant le départ mais j’y suis bel et bien… quelques images : l’aéroport, le petit taxi qui se fraye un passage à grands coups de klaxon dans la circulation, ça passe de justesse, ça double par la droite, ça crie ça s’insulte aux carrefours mais ça passe toujours, ensuite le vieux porteur chargé d’acheminer nos bagages jusqu'à l’hôtel, la place  Jama El Fnaa étant interdite aux taxis à partir d’une certaine heure, en avant à travers la foule, le bruit, les odeurs de la place, les vendeurs à la sauvette qui vous interpellent à chaque pas, les petites rues étroites jusqu’à l’hôtel Sindi sud, la nuit sur la terrasse et le premier contact avec le muezzin de la mosquée voisine vers 3h du matin…



Départ de Marrakech le lendemain, 6 heures d’un trajet sur une route qui serpente à travers des paysages désertiques, plus on monte plus les ravins sont profonds forcement, le chauffeur roule un peu vite, j’essaie de ne pas y penser quand on flirte avec le bas coté ou qu’on double en en plein virage… Voilà Ouarzazate,  déjà le bout du monde pour moi qui n’ait donc jamais mis les pieds hors d’Europe, un nom que j’ai souvent entendu, c’est donc ça mais on ne verra malheureusement pas grand-chose à part la gare routière pour un arrêt de quelques minutes donc… 60 kilomètre plus loin, voilà enfin Agdz, ce point sur la carte devenu réalité, Agdz et son un petit air de « Far-West » américain certaines après midi avec la poussière, les rues désertes et les ânes qui remplacent les chevaux.

 

 Nous sommes accueillis par Jean Pierre à la descente du bus,  un petit taxi nous emmène à l’association qui sera notre « quartier général » durant le séjour suivra La rencontre avec nos collègues dont à ce moment là je ne sais rien de plus de ce que j’ai pu lire sur les fiches en ce qui concerne les français. Ils sont absents,  on patiente au siège de l’association, on nous informe qu’ils sont partis à la piscine, enfin la rencontre Marocains et Français, avec nous qui sommes arrivés un jour plus tard la troupe  au complet : Sophie, Caroline, Anouk, Betty, Myriam, Yvan Attika Fatima Rachida Mariam les deux Hassan Abdelkabir, Abdelatif, Aïssa et puis nous désormais Fatima Aude mes amies de La troupe Ficelle…

Après les discours de bienvenue et les présentations d’usage direction chez Hassan en sa compagnie, je vais loger dans sa maison durant le séjour, Hassan qui sera mon binôme et qui sera plus qu’essentiel pour moi pendant le séjour,

Hassan et sa grande famille qui compte une vingtaine de membres dont je vais mettre un peu de temps à retenir tous les prénoms ….

Première nuit à la belle étoile ce soir là  on dormira tous ensemble sur la terrasse, hommes femmes et enfants…

 

Tamnougalte 

 

Avant d’y arriver c’est déjà un peu l’aventure chaque matin puisqu’il faut  s’entasser dans le vieux van de notre chauffeur Kadir puis emprunter la route jusqu’à la Tamnougalte,  à quelques Kms d’Agdz, ça secoue un peu, ça chante beaucoup.

 Le ksar ou village fortifié de Tamnougalte, un lieu qui porte bien son nom puisqu’en berbère cela signifie « lieu de rencontre ».  C’est une chance de disposer d’un tel endroit, un vrai décor de cinéma mis à disposition par AHmed le locataire des lieux, on nous dit que certains films ont été tournés ici dans les ruelles étroites. On croit l’endroit abandonné mais il ne faut pas s’y fier au détour d’une porte  laissée entrouverte on aperçoit qu’il y a bien des familles qui vivent ici même si la plupart des gens on préféré s’installer dans la ville nouvelle et des constructions plus récentes un peu plus bas.

 

Les journées s’enchaînent passées à improviser, à faire des exercices collectifs qui nous permettent de mieux nous connaître, de travailler notamment l’écoute, le regard à apprendre ou reprendre les bases du clown et du théâtre forum, bref travailler ensemble pour arriver à monter un spectacle qui tienne la route. C’est pour ça qu’on était là, se former, travailler jouer ensemble puis laisser l’outil à nos collègues marocains pour qu’ils poursuivent le travail sur place..

A l’étage  la famille d’AHmed nous observe d’un œil amusé se demandant sûrement à quoi on peut jouer déguisés ainsi avec nos nez rouges, un choc des cultures mais dans la joie et la bonne humeur.

La vie ensemble

 

La bonne marche d’un groupe est dépendant de chacun évidemment, il faut apprendre à faire des concessions accepter que quelqu’un soit fatigué un jour, les sautes d’humeur de chacun, être là quand quelqu’un à un coup de cafard ce qui est arrivé à pas mal d’entre nous pour les « français » éloignement aidant je pense, s’entraider former une équipe voilà ce qui est intéressant,

 Concernant ma famille d’accueil dont beaucoup de membres parlaient uniquement berbère et arabe, la seule difficulté consistait à se faire comprendre lorsqu’ Hassan mon binôme n’était pas là avec moi. Avec quelques signes et deux ou trois mots de français j’y suis arrivé mais dans ces moments dur d’avoir une vraie conversation malheureusement. Un  des regrets du séjour est ne pas avoir posé plus de questions quand l’occasion se présentait lors des repas avec toute la famille ce qui était plutôt rare par ailleurs. En étant souvent invité à dîner ailleurs ou en rentrant assez tard il m’est arrivé de me coucher le ventre vide histoire de ne pas me déranger les femmes qui étaient déjà couchées, ce qui n’allait pas manquer de faire Hassan pour me rendre service si j’avais avoué que j’avais faim. Avec la famille on ne fait parfois que se croiser puisqu’ on part tôt le matin et qu’on revient tard le soir mais durant  les moments passés avec eux j’ai pu mesurer leur sens de l’hospitalité. D’ailleurs une des choses qui m’aura marqué sur place c’est la générosité et le partage, venir à n’importe quelle heure chez quelqu’un qui va vous offrir à manger, un thé, se démener pour me rendre service comme l’a plusieurs fois fait Hassan mon binôme par exemple.

 

L’inter culturalité  

 

C’est l’un des intérêts de ce projet c’est  avoir la chance de vivre pendant quelques semaines au rythme des habitants D’Agdz, on prend ses habitudes, on à ses points de repère avec le bar ou l’on se retrouvait tous en fin de journée autour d’un jus d’orange, l’épicier du coin ou on va s’approvisionner en eau minérale, et puis les enfants qui m’ interpellent en m’ appelant Stifane, tous ces gens qu’on salue, qu’on reconnaît et avec qui on entame la discussion alors qu’en France je ne connais même pas le nom de mes propres voisins…

 

A travers nos collègues marocains grâce à ce stage on appréhende ainsi mieux les réalités d’un pays à travers eux, on apprend on s’adapte aux habitudes, c’est un échange entre les cultures de nos pays respectifs, ils me font partager leur mode de vie, leurs traditions, on me donne à voir à écouter à comprendre  et j’essaie de leur donner à mon tour, ce que je ressens, ce que je sais comment je vois les choses en tant qu’européen, ce que je suis en tant qu’homme parfois en jouant ensemble…


Le Défilé  

 

Jour de fête à Agdz, le grand défilé des associations  qui est un moment important du festival,  nous faisons partie de l’événement en tant que clowns nous mêlant à la fête. J’avais une petite appréhension concernant la réaction des gens, face à ce personnage au nez rouge alors qu’ils ne s’attendaient pas forcement à nous voir. Le début à été un peu laborieux étant donné que juchés dans des charrettes tirés par des ânes nous avons d’abord traversé des rues plutôt désertes, pas facile de se mettre dans la peau du clown quand il n’y a quasiment personne avec qui communiquer, les premières personnes étaient assez peu réceptives, se contenant de lever la tête à notre passage d’un air indifférent. Tout est rentré dans l’ordre quand nous avons retrouvé le défilé qui avait débuté sans nous un peu plus loin, la plupart des personnes ont joué le jeu : jeunes vieux plus les femmes que les hommes un peu plus distants, certains m’ont ignoré de rares personnes se sont contentés d’un regard de désapprobation en me faisant signe que j’étais fou. Les ados ont été assez durs à convaincre, certaines vieilles personnes étaient elles enthousiastes et m’ont dit que c’était magnifique.  Il faut aller chercher les gens, vaincre sa propre timidité et son appréhension pour découvrir ce qu’il y avait autour de soi, s’amuser avec  des éléments comme les voitures qui passent, les cyclistes, les instruments de musique…

 

Un détail à retenir pour la prochaine fois avec ma tenue de clown  puisque j’avais voulu être habillé de rouge quasiment de la tête aux pieds ce qui impliquait de porter un blazer et une chemise de la même couleur, une idée que j’ai vite un peu regretté avec la chaleur- on nous annoncera ensuite qu’il faisait plus de 42° cet après midi là - comme quoi une bonne idée en théorie peut se révéler vite devenir mauvaise en pratique.

En tout cas les plus de deux heures du défilé ont filé à une vitesse incroyable, tout le monde a fini à bout de force et assoiffés mais heureux d’avoir vécu ce moment ensemble.

Pour le clown, ce que j’aime c’est arriver à  oublier qui je suis et à le faire oublier aux autres, je suis un personnage habillé de façon bizarre avec un nez rouge,  quelqu’un d’autre mais avec forcement un peu de moi qui apparaît de temps en temps. L’intérêt c’est de se comprendre avec l’autre par le regard par les gestes sans parler parfois, d’improviser de créer une complicité à partir de pas grand-chose, de tirer sur un petit fil invisible et de dénouer une sorte de pelote qui devient une petite histoire… Un clown qu’il soit en France ou au Maroc  est compris par la plupart des gens, ils sont attendris, amusés de le voir alors qu’à Agdz ils n’en avaient jamais rencontrés pour la plupart. Le clown peut aller partout il ne sera jamais perçu comme agressif je pense, il invite à redevenir un peu enfant par son coté naïf, c’est encore un échange je donne et je reçois mille fois plus parfois comme lorsque on me met un bébé dans les bras pendant le défilé ou que j’arrive à improviser avec un spectateur et qu’il entre dans mon jeu…C’est ça aussi le plaisir d’être clown, on ne sait jamais comment ça va se passer mais on y va quand même 

 

La tournée théâtrale

 

C’est en quelque sorte la récompense après les deux semaines de travail en commun, elle débutera à Tasla à une vingtaine de kilomètres d’Agdz.

Une des choses que j’apprécie dans le théâtre forum c’est le fait de pouvoir jouer partout, comme un cirque on arrive dans un lieu, on déploie la tente qui sert de fond de scène, on prépare le matériel les gens sont déjà là autour curieux à se demander ce qui va se passer, attirés peut  être par une rumeur qui à courue dans le village que nous allions proposer un spectacle de variétés française. Le théâtre forum peut être vue de deux façons par les personnes je pense, certaines vont être touchées par la situation, se projetterons sur ce qu’ils voient sur scène, vont essayer de trouver des solutions, se libérer à travers le fait de pouvoir s’exprimer en changeant les choses, réfléchir pendant ou peut être après. Et puis certains  y verront  juste un divertissement et s’amuseront de pouvoir monter sur scène et changer les choses à leur guise. 

Le  déplacement jusqu’à Tasla fut épique avec un souci de transport qui obligera l’équipe à venir en deux temps à quelques heures d’intervalle, ensuite ce fut le terrain à aménager avec un sol à aplanir, les caprices du vent nous obligeant à amarrer la toile solidement et à bien lester les tapis… Le «  spectacle » qui devait initialement commencer à 18 heures débutera finalement vers 01 du matin, jouer, ne pas jouer, plus l’heure avançait et plus la question se posait devant le peu de spectateurs et surtout de spectatrices ce qui est qui est gênant pour faire du  théâtre forum qui évoque la condition des femmes. Il y eut aussi nos collègues actrices marocaines disparues sans prévenir une bonne partie de la soirée et qu’on à finalement retrouvées alors qu’elles assistaient  à un mariage qui se tenant dans le village ce soir là. Et puis voilà vers 1h  du matin alors que l’on y croyait plus vraiment  les gens sont arrivés peu à peu : les hommes les enfants et plus timidement les femmes, tous se mettant en place chacun de leur coté. J’ai souvent entendu dire que le théâtre forum ça marchait partout mais qu’on ne savait pas pourquoi, la preuve à Tasla ou dès les premières images et notre entrée sur scène les gens ont applaudi,  oubliée la fatigue et les heures d’attente c’était parti finalement.

De derrière les rideaux pendant le théâtre forum je guettais les réactions, il y avait les rires les rires, les applaudissements mais pas toujours au moment ou l’on s’y attend le plus… Ainsi lors du théâtre forum intitulé d « la famille idéale » ou le mari oppresseur avait beaucoup de succès auprès d’une partie du public masculin qui avait l’air d’approuver son attitude envers sa femme soumise jouée par Caroline, une épouse dont la situation leur semblait presque logique.

Le lendemain à Tamnougalte, autre lieu, problème de communication puisqu’on jouait dans le ksar la partie ancienne de la ville délaissée par la population pour la ville nouvelle situé un peu plus loin, or les habitants  n’étaient pas prévenus de notre arrivée, ce qui occasionna encore un peu de retard.  Souvenir étrange ce soir là entre des coulisses plongées dans le noir  improvisées à l’arrière d’une échoppe de souvenir avec un public et des intervenants uniquement  masculins et des femmes  reléguées loin sur les terrasses des toits à bonne distance.

Agdz dernier spectacle de la tournée, c’est La date importante pour nos amis marocains puisqu’ils jouent à domicile, devant leur famille, et même devant chez Hassan puisque la scène est littéralement montée sur la place sous les fenêtres de sa maison. Ce sont les derniers moments de notre séjour, un malentendu sur l’horaire puis la prière du soir, un autre mariage à proximité et voilà encore le début de la représentation repoussé de quelques heures. Pour attirer du monde en attendant Anouk et son accordéon improvise en chantant. Nous sommes dans les derniers jours du stage et la fatigue se fait plus vivement ressentir, à tel point que j’ai presque  moins envie de jouer ce soir là. Et puis malgré tout, malgré l’heure tardive il faut y aller, le public est arrivé en nombre, femmes et enfants sont d’un coté les hommes de l’autre comme lors de chaque manifestation. D’abord les images puis vient « la famille idéale » et enfin c’est le tour de mon équipe de  « la petite bonne «. La petite bonne c’est l’histoire d’une jeune fille louée par ses parents sans argent à une famille riche. Mon rôle de frère égoïste qui ne veut pas travailler et préfère étudier est assez court puisque la seule phrase, apprise phonétiquement non sans mal,  que j’avais à dire était en arabe. L’histoire étant jouée en arabe je devais attendre le mot madrasa (qui signifie école) prononcée par ma sœur jouée par Atika pour me lancer dans ma tirade. tout était bien calée sauf que le premier soir à Tasla Atika et Hassan se sont mis à improviser en berbère, et moi de guetter « madrasa » mon repère qui n’arrivait pas et que leur dialogue me semblait durer beaucoup longtemps que prévu, je commençais à m’inquiéter quand j’ai senti le regard insistant d’Atika sur moi, c’était mon tour : «  je ne veux pas aller travailler, je veux aller à l’école, je ne veux pas finir comme toi » une phrase simple à priori mais en arabe et le stress aidant je me suis levé j’ai décrié…un début de phrase et puis trou de mémoire, j’ai déplié un petit papier (mon antisèche)  jeté un coup d’œil rapide, retrouvé le fil et j’ai continué en faisant une sortie sous les applaudissements, les gens avaient l’air d’avoir compris ce que j’avais dit même si mon personnage à priori ne méritait pas tant d’égards…

J’aurais regretté de pas jouer ce soir là à Agdz puisque tout se passera bien avec de nombreux remplacements, des échanges nourris et puis une belle fin tous ensemble en musique avec le public sous des applaudissements nourris.

 

L’intérêt d’une telle rencontre

 

Au niveau du théâtre forum et du clown pour moi qui pratique les deux depuis peu de temps finalement c’était de consolider et de renforcer les bases de ce que je connaissais, je suis aussi parti dans l’idée de me faire plaisir en allant jouer au Maroc avec des marocains et des français dans un endroit magnifique, cela  en connaissant le travail qui nous attendait et en étant conscient que ça n’allait pas être des vacances de tout repos… L’intérêt c’était aussi de faire partie d’un projet  qui pour ce stage se finirait avec le résultat final qui était la tournée, pour les marocains l’aventure devrait se prolonger avec la création de leur troupe… Avant ce stage par contre je n’avais pas l’idée de joker, je ne pensais pas avoir assez de « bagage » ou de qualités pour ça mais l’idée à germée pendant ce séjour, peut être un jour pourquoi pas essayer, juste essayer si j’en suis capable… 

 

 

Donc voilà pendant trois semaines nous avons formé une troupe franco marocaine ou inversement, on à du faire des concessions pour s’organiser,   s’adapter aux contraintes comme la langue (arabe et berbère) qui nécessitait parfois une traduction pendant les séances de travail, on à travailler sur certains sujets graves  propres au pays comme la situation de la femme avec la « femme idéale » le problème des filles louées à des familles riches comme dans  « la petite bonne » ou plus léger avec la « prévention routière, d’autres sujets auraient pu êtres abordés comme les mariages arrangés, les problèmes d’hygiène ou la prévention du sida mais ils ont été laissés de coté  face à la réticence de certains membres de la troupe. Il faut comprendre que si certains sujets ou certaines actions en tant que français nous semblent « banals » ils sont plus difficiles à aborder dans un pays comme le Maroc, comme montrer une simple culotte pour l’hygiène ou un préservatif.  C’est ça l’intérêt d’une telle rencontre,  être ensemble, travailler ensemble, débattre, exposer nos arguments, recevoir ceux des autres, s’adapter, arriver à former un groupe avec des gens qui ne se connaissaient pas que ce soit les français ou les marocains.  

Plus égoïstement un tel stage c’est trois semaine de bonheur, une expérience que jamais plus peut être je ne revivrais, avoir l’opportunité découvrir un pays de cette façon, répéter dans un endroit comme Tamnougalte, y faire du clown, improviser, travailler, avoir comme récompense  de tout ça de faire une mini tournée et de montrer tout ce que l’on avait préparé, lancer une réplique en arabe devant une centaine de personnes, défiler en clown, vivre une expérience de groupe avec tous ces moments qui me redonnent le sourire quand j’y repense, et puis et puis…

 

La fin du stage

 

Déjà trois semaines, départ en bus au petit matin, les au revoir avec quelques larmes, au revoir Agdz, la montagne du djebel Kisane qui s’éloigne, dans quelques heures ça sera Marrakech puis le retour en France,  la fin d’une belle aventure les souvenirs pleins la tête, je reviendrai inch’allah…

 

 

 

Par jpbes
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Mercredi 15 octobre 2008

Anouk animatrice « socio-culturelle » Agdz, juillet 2008

Suite à la grande et belle aventure indienne en août 2007 avec « Caravane-Théâtre », « Parcourires Le Monde » je brûlais d'envie de renouveler l'expérience  le plus tôt possible et sur un nouveau territoire.

Je suis animatrice socio-culturelle et utilise dés que possible cet outil fantastique qu'est le théâtre de l'Opprimé.

Coïncidence ! L'association dans laquelle je milite entretient un partenariat avec le Maroc et avait déjà monté un projet avec l'association d'Agdz...

Le projet m’intéressait pour cette culture berbère que je ne connaissais pas et souhaitais découvrir, pour la première fois, et l'idée de peut-être assister à la naissance d'une toute nouvelle troupe de Théâtre-Forum dans un bled de la vallée du Drâa m'enthousiasmait au plus haut point!

De cette nouvelle expérience, j’attendais des rencontres, la découverte d'une autre culture, d’apprendre toujours plus sur le clown et les techniques du « Théâtre Forum »...et de retrouver la magie du voyage... évidemment, je n'ai pas été déçue!

Le clown pratiqué hors de nos frontières, prend une dimension particulière: en début de stage, il permet de dépasser en douceur des barrières culturelles, de découvrir l'Autre dans son intégralité avec ses qualités et ses faiblesses, et d'en rire ensemble de bon cœur grâce à l'innocence et à la bienveillance qu'il réveille en chacun. Avec le clown, plus de problème de langue: c'est le corps tout entier qui traduit les sensations, se rapprochant ainsi d'un langage universel.

L'apothéose des clowns métissés c’est pour moi l'instant de la déambulation, où les joyeux fauves sont lâchés dans le village et partent à la rencontre des autochtones surpris .C'était pour moi la deuxième déambulation, et comme après la première, je l'ai terminé en me disant: « Encore! ».

Entassés dans des petites charrettes tirées par des ânes, nous avons remonté la rue principale du village en musique. Notre parade clownesque s’est jointe à la parade d'ouverture du festival d’Agdz.

Ce fut un véritable feu d'artifice d'émotions! En effet ce personnage étrange, car propre à notre culture occidentale provoque des réactions souvent inattendues, parfois de rejet si la peur prend le dessus ou que le clown est un peu trop brusque dans son approche; comme ce groupe de femmes qui dans une grande colère, voulaient que j'ouvre en deux mon accordéon pour voir si je ne cachais pas un appareil photo à l'intérieur!

Dans le cas d'un état de surprise positif, une relation très profonde peut s'installer l'espace d'un instant et la confiance peut aller jusqu'à confier un bébé dans les bras du clown penaud, maladroit et très ému...

Le « Théâtre Forum » ou « Théâtre de l’Opprimé »                                                 Un outil à la fois politique, social, artistique et thérapeutique...

Dans ce théâtre, plus de quatrième mur, plus de spectateurs mais des spect-acteurs; On y met en scène des situations concrètes illustrant des problématiques sociales et/ou politiques concernant le public qui peut alors agir dans l'espace scénique, espace symbolisant ici la réalité.

Pratiqué en interculturel, il permet d'avoir une approche analytique du fonctionnement sociétal d'une population et donc de mieux comprendre les enjeux pour mieux agir.

Ce qui a été passionnant dans l'expérience d’Agdz, ce sont les nombreux débats qui ont eut lieu concernant les tabous qu'il était possible de mettre en scène...ou pas.

Le sujet le plus délicat a bien évidemment été la condition de la femme dans la société traditionnelle: le sujet était à prendre avec des pincettes, ainsi certaines scènes ont pu être jouées à condition qu'il y n'y ait que très peu de contact physique entre les sexes opposés, et d'autres comme l'évocation du SIDA ont été littéralement refusées par les marocains.

Pour moi, c'est le Théâtre-Image qui a le mieux fonctionné: l'image créée était symboliquement très forte, le public a très vite interagit et tous les acteurs, Français comme Marocains, nous étions réellement sur un même pied d'égalité puisqu’on n’utilise pas la parole dans les images.

Durant les scènes de Théâtre-Forum, la barrière de la langue s'est faite sentir: il était difficile de réagir aux interventions d'un public s'exprimant en berbère, même si Abdelatif tentait de traduire le plus vite possible, il était souvent trop tard pour rebondir...mais, ceci dit, ce fut du coup très formateur!

Juste un petit mot sur ma « famille d'accueil » marocaine: j'ai été accueillie avec toute la généreuse hospitalité berbère dans une maison de femmes et d'enfants         ( la mère, ses trois filles, les cousines...).Grâce à elles, j'ai pu goûter aux joies de retrouver sa profonde féminité, de dormir sous les étoiles avec toute la famille, d' apprendre à faire un tajine, de parler en riant de nos vies si différentes et surtout d'assister à des mariages...une réelle immersion dans leur culture.

Le concept de voyage réalisé par Caravane théâtre est une réelle alternative au tourisme destructeur et colonialiste:

-en vivant dans des familles, on ne cautionne pas les grosses firmes hôtelières

-en utilisant le clown, on pose une atmosphère de rencontre positive et fondée sur la bienveillance et l'ouverture

-en utilisant le théâtre forum, on tente une analyse, une compréhension et une conscientisation des problèmes de société de la culture de l'autre et on essaye de proposer des alternatives, ensemble...

 

Par jpbes - Publié dans : Stages
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Mercredi 8 octobre 2008


Parcourires Le Monde à AGDZ Maroc juillet 2008-09-24

 

En décembre 2007 Aïssa mon ami Marocain avec qui j’ai déjà travaillé à Essaouira et à Safi est récemment nommé professeur d’Art plastique à Agdz. Il me propose de venir le rejoindre.

Je  « re » découvre la vallée du Dra est une superbe région. J’avais il y a quelques années parcouru cette région  durant mes années de professeur de « Français-coopérant » passées à Casablanca. Je « re » trouve Agdz, magnifique village, si  pittoresque et tellement typique du sud marocain. Avec mon ami Aïssa, nous contactons les associations locales. Elles se montrent tout de suite très intéressées par les techniques du clown et du théâtre forum. Son président  est à la recherche de nouvelles techniques pour son équipe d’animateur. Le théâtre forum lui paraît une sérieuse opportunité pour développer des actions de sensibilisation de la population des villages environnant à la préservation de l’environnement, aux problématiques de la santé et à la citoyenneté.

 Il n’en fallait pas plus pour se lancer une nouvelle aventure et « ParcouRIRES » la vallée du Dra  et l’amitié

franco-marocaine 

Par jpbes - Publié dans : Parcourir le monde
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Samedi 21 juin 2008

 
Jana Sanskrity se composait d’une équipe centrale d’une douzaine de membres et de quelques trente équipes dispersées ici ou là dans la campagne environnante. Chaque membre de l’équipe centrale était chargé de parrainer, former, développer les nouvelles troupes de théâtre qui venaient rejoindre Jana Sanskrity. J’ai suivi Sima lors de ses voyages ver les équipes lointaines. Ce n’était pas de la tarte. Se lever vers quatre heures du matin, prendre taxi, bus, vélo taxi, rickshaw, et marcher à pieds pour terminer la journée sans lampe de poche à travers les rizières, les serpents et tous les pièges de la nature. Il fallait qu’elle soit solide, qu’elle en veuille. J’ai très souvent été bluffé par cette petite bonne femme de un mètre cinquante cinq, qui avait toujours le sourire et une verve infernale de comédienne, chanteuse, musicienne.

 Quelques kilomètres avant notre arrivée dans les villages où nous étions attendus, on entendait des chants rituels comme ces prières de muezzins ou ces envolées de cloches battant sur le large. Les sons devenaient de plus en plus audible au fur et à mesure que nous nous rapprochions. Arrivés à quelques centaines de mètres du lieu, on voyait des sortes de grandes enceintes acoustiques suspendues aux plus hautes branches des arbres qui se balançaient au gré du vent comme des oriflammes ou comme de grands singes faméliques. Venaient ensuite les embrassades, les retrouvailles et, bien sûr, le travail de théâtre. Je l’ai vu s’emporter dans des discussions violentes avec des spectateurs qui s’opposaient à cette émancipation que transmet JS, à des gens qui refusaient cette rébellion contre l’archaïsme de certains côtés de la société et à tant d’autres thèmes que les acteurs défendent.

 

Après avoir suivi cette troupe de villages en villages, et assisté à beaucoup de séances ce travail, j’ai proposé à l’équipe de leur faire connaître le Théâtre Clown, puis s’ils le désiraient, apprendre à le pratiquer. J’étais convaincu que c’était une belle école de communication et de relations et aussi je pensais que certains des Jokers en tireraient de grands profits. C’est ainsi que nous avons décidé de nous revoir

 
Stage de Clown Théâtre

 D’abord je suis arrivé avec ma collègue Béatrice qui parle parfaitement l’anglais. Le lendemain nous sommes allés chercher Christian à l’aéroport. Nous sommes passés directement du taxi à la piaule inconfortable et déjà nous étions entourés de moustiques ravageurs. Nous dormions sur de mince matelas épais de deux centimètres au-dessus desquels pendait un semblant de moustiquaire.

  Et nous voici en train de découper des nez de clowns, d’enfiler les petits élastiques blancs qui servent à les tenir sur le visage, en de tendre un rideau entre la cuisine et le théâtre. Et avec quelques habits et quelques nez rouges, le travail pouvait commencer.

Les gamins venaient nous regarder goulûment. Ils nous mangeaient véritablement des yeux. Puis ils s’approchèrent de nous et commencèrent à nous parler de leur vie, de l’école au-delà des feuillages, des oiseaux et les fleurs. Ils nous offrirent leurs plus beaux dessins et nous posèrent multiples questions : c’est comment chez-vous…etc.… ?

Le lendemain, le stage débuta.

Surprise, nous nous sommes pris dans les bras l’un de l’autre, et après quelques embrassades, nous avons commencé à jouer comme des enfants avec les choses, les objets, les personnes les émotions, les sentiments, on ne cachait plus rien des sensations, bien au contraire, on développait l’ici et le maintenant.

Nous avons commencé par  donner un stage de clown, une improvisation franco-indienne où Christian, un stagiaire, nous faisait sa spécialité : « L’enlèvement de La Sabine ». Béatrice, habillée en clown, entra la première. Christian qui la suivait, se précipita pour la draguer. Sima arriva avec le petit Suresh ? Un véritable petit couple charmant et naïf. Attrapée par quelque démon de clowns, Sima s’approcha de Christian, s’asseyant à ses côtés et lui lança quelques oeillades sans nuance. De derrière le rideau sortit le jeune Sothot qui s’offusqua de la scène. C’est alors que Sima caressa les genoux de Christian ! C’en était trop pour le petit amoureux de Sima qui quitta la scène en lançant quelques noms d’oiseaux. L’histoire se finit bien car Christian enleva Sima en la prenant dans ses bras et Sothot souleva Béatrice, non sans quelques difficultés, et l’emporta dans les coulisses. Ce fut une sortie très interculturelle.

 




Après cette improvisation, les indiens commencèrent à se sentir plus libres, plus joyeux. Les sourires pointèrent. Dans la discussion, nous commencions enfin, à explorer l’interculturel, la rencontre, la proximité, l’intime, nous réduisions l’espace de la connaissance, nous nous apprivoisions … nous étions loin de la grâce des Moudras et des danseuses de Baratta Nathyam.

 




Et moi, je réalisais que nous construisions des passerelles entre les cultures. En effet, ce premier échange artistique ouvrait un champ d’expériences dont l’enjeu était de créer des passerelles entre le théâtre de l’opprimé et le clown d’une part, entre l’art des clowns comédiens indiens et celui des comédiens français d’autre part.

Très vite au cours du stage, les différences et les ressemblances se sont clarifiées. Par exemple: si la recherche de l’état émotionnel juste n’était pas une évidence pour les acteurs indiens, tous étaient en revanche d’une très grande plasticité dans leurs mouvements. En général, c’était l’inverse chez les  occidentaux.

 Cette expérience fondatrice pour Caravane Théâtre confirma, ce que je pressentais depuis longtemps : l’humour est une voie royale pour une relation interculturelle, se comprendre, se découvrir, s’accepter et développer une espèce de méta culture entre des personnes d’horizon, de culture, de langue et de civilisation différentes.

Le théâtre et le clown, c’est ce qui me permet de communiquer.

 On est au moins ensemble pour quelque chose. On a du lien. Un langage, un but, un même désir. Sans cela, difficile de « remplir » la communication.

C’est le même problème avec la littérature. On raconte la vie, au lieu de la vivre, et le temps passe. Le temps qui pourrait nous sauver. « Excusez-moi, je n’ai pas fait attention, j’étais distrait… » Et on meurt sans s’en rendre compte.

Le théâtre et le clown on ne trompe personne. On se projette dans le monde avec le même questionnement. On nivelle par le haut, on égalise et on se rejoint dans l’espoir, le mouvement, l’action, l’imaginaire. ! D’un coup on est immense. Le théâtre et le clown c’est de la vie qu’on peut (« com » prendre) (prendre ensemble, un monde en miniature dont on peut se saisir. On peut la regarder de haut et se voir grand. Il est possible d’agir. C’est un peu comme les jardins japonais. Les bonzaïs, ces arbres sont tout petits. On peut contempler quelque chose de plus petit que soi. Ça fait philosopher.. Faire avec les autres c’est aussi tenter l’impossible : vivre.

Remplir le vide pour ne pas sombrer.





Ne pas désespérer.

S’investir.

 

 

Par jpbes
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Vendredi 20 juin 2008

19 octobre 2006-10-24   Zippo le petit clown peluche fait le récit d’un instant de la rencontre inter culturel Franco indien 2006 en Orissa 

 

 

Au petit matin c’est le départ en bus vers  la région sud Bengale.

La route est toujours aussi dangereuse. Le bus roule très vite ! Miraculeusement sans accrocher quoi que ce soit : ni charrettes, ni  chien, veaux, vaches, taxis à essence, à pédale et certains « hommes-cheveaux » qui tirent, pieds nus, dans des chariots à deux roues des Bengalies ventrues.

Nous visitons sous une énorme pluie de mousson le temple de Konarak, le plus fabuleux sans doute de toute l’Inde (celui où sont sculptées les roues de la vie, couverts de millions de sculptures de pierre…)


Des l’entrée nous sommes assaillis par les marchants de souvenirs prêts à nous faire profiter des dernières soldes, des prêtres des Sâdhus plus ou moins professionnels. Immobiles dans de subtiles positions inénarrables. Je me fais photographier sur toutes les coutures, passant de mains en mains, de bras en bras et de rires en sourires !



je reste souvent à l’arrière et je m’arrange toujours pour compléter mon album photos de voyage.





La pluie redouble. Tout le monde loue son
parapluie. On fait le tour du temple. Madhumita  la danseuse indienne qui nous accompagne pose devant les plus belles sculptures, négociant quelques apparitions du soleil pour les photographes du groupe.








Au retour Jean-Pierre mets son nez pour aider un des mendiants, le plus attendrissant, à remplir son bol de roupies. Les visiteurs indiens sont très sensibles à ses sollicitations et les roupies tintinnabulent au fond du bol.

 Au bout de dix minutes, Jean Pierre procède à une répartition équitable des gains entre les mendiants. Celui dont il a emprunté le matériel disparaît. C’est pour protéger un billet de 20 roupies qu’il a du subtiliser dans le bol à aumônes : une petite fortune pour une quête improvisée sous la pluie.

Même si les Indiens sont très joueurs, nous avons ressenti à cet instant une véritable communication et un réel intérêt de leur part de certaines personnes. Aucune moquerie. Quelques sourires certes, mais pas de gros rires. Aucune méchanceté. L’intervention de Jean-Pierre a été comprise comme un acte de compassion, une façon de participer et de donner…

Les mendiants auraient bien continué à jouer…C’est chez eux que j’ai ressenti  le moins de remerciements et même et une réelle avidité. Faut comprendre l’aubaine ! ...

 

Nous retournons manger dans un hôtel restaurant tout proche. C’est là que nous avons laissé nos affaires de clown, et c’est ici que nous nous préparons pour la « soirée » spectacle…

Moi, j’espérais que la longue pluie de ce matin aurait découragé les spectateurs et les autres « vrais » artistes ! ...Je me disais qu’ainsi nous en aurions terminé avec les angoisses de jouer de chacun et je dois le dire Jean-Pierre éprouvait de la gêne à être présenté comme une troupe de clowns professionnels alors que nous n’étions que quelques touristes  qui avions mis le nez quelques heures seulement sur une petite scène de campagne au cœur de la jungle bengalie, dans l’unique objectif de se rencontrer sans peur et avec humour avec quelques jeunes du village d’Ushagram ! ....

Les deux premiers « spectacles » franco-indiens avaient assez perturbé tout le monde.

Une voiture qui tournait dans les villages voisins annonçait la venue d’artistes français pour le spectacle du soir. Nous étions en concurrence avec la sortie d’un film et la tournée promotionnelle en présence de l’acteur principal. De quoi nous mettre toute l’équipe en appétit et faire fleeper tout le monde toute la journée. En fin de compte, nous avons été les seuls à tenir tête à la pluie. L’acteur ne s’est pas déplacé.

  Donc, la pluie n’étant pas un réel obstacle au spectacle, maquillés, accessoirisés (ombrelles colorées, tapettes à mouches, bibelots en tous genres, aux chevilles, poignées et tour du coup) nous nous sommes retrouvés  dans le bus, le cœur pressé comme un citron, prêts à être prêts pour jouer.

Seuls quelques insectes luisant volettent au sommet des arbres et les phares blafards de notre vieux bon bus éclairent le chemin. Mais… pas pour longtemps !

A quelques jets de pierres, au détour d’un chemin tout à  coup ; c’était Versailles ! Son et lumière du14 juillet !    
Sousune immense fausse arche de papier mâché, coloréeetrecouverte de photos, notamment celle de notre précédentpassage, un cliché pris au Palais des vents de Jaipur surlequel je reconnais Béatrice, Pascale, Aude… Jean-Pierreme dit que nous attendons tout  une délégation d’officiels :ministre du tourisme, de la culture, des prêtres ouvrent lamarche, les fidèles suivent derrière, puis défilent  des supporters enthousiastes et inconditionnels des clowns, villageois,paysans…    
                                                                                                                                                                                                                                                                                                 
 

 Ce cortège  nous accompagne jusqu’au devant de la scène. On nous salue respectueusement, colliers de fleur, marque sur le front. On nous encense. Une nuée de pétards explose de tous côtés, feux d’artifice, chants, il ne manque que la remise des médailles.

 

Tout un groupe de musiciens composé de percussions, flûtes, instruments en tous genres, nous prennent en charge pour nous ouvrir la route. Musiciens et danseurs portent des costumes au strict minimum mais magnifiques. Très primitifs, style pagnes, gros bracelets aux bras, chevilles, le corps et le visage peints. Ils représentent une forte tradition et la culture tribale. Presque on se croirait en Afrique.



Nous passons devant des statues gigantesques de papier mâché à de multiples bras, décorées kitch, richement vêtues et multicolores. Après avoir fait un grand tour du village, dans une marche cérémonieuse parfois, souvent entourés de danses impromptues menées par le public et les villageois, nous sommes entrons dans l’arène du spectacle

Lentement mais avec fracas ! Incroyable ! Autour d’une immense scène de 40 mètres de large sur 15 de profondeur, quelque 7 à 800 personnes sont assises qui attendent. Devant la scène, au premier rang, d’un côté se trouvent des espèces de matelas (moelleux) bariolés occupés par les autorités de l’autre de larges fauteuils pour le restant des invités ? Avec Yolande Garcia, nous sommes invités à partager les matelas. Devant de petites tables on nous offre des sodas et des biscuits. Nous saluons l’Autorité et sa Dame, le Guru Ganga qui a crée une compagnie de danse, le maître de ces lieux et  bien d’autres personnalités, professeurs de musique, de danse de Drama…

 Côté jardin sur cette immense scène, il y a un orchestre traditionnel (et fort connu en Inde). Côté cour, sur une petite extrade, des  photos, icônes, images et statues de Dieux Indous, des micros…pour les présentations.

Sur le devant de la scène une forêt de caméras, appareils photo, journalistes et TV, déjà de quoi nous impressionner…

Le fond de scène en fait est un véritable temple, vu de l’extérieur ! En bas des arches de briques roses sombre. Avec des reproductions photographiques des associations présentes dont une photo géante des acteurs de Caravane Théâtre.

 Le mur du fond est surmonté d’un toit en forme de cône avec plusieurs rangées de briques comme des couronnes superposées.

Quelques grands projecteurs, pas toujours efficaces, éclairent le public assis sous les étoiles et la scène à ciel ouvert. Il fait humide et chaud. L’atmosphère se charge au fur et à mesure que s’écoule le temps, d’énergie, de fébrilité, d’admiration, de silences d’angoisse.

Je me demande si les Français se rendent compte de la chance qu’ils ont d’être là ? C’est ici, sur cette scène même que se déroule le plus fameux  festival de danse de l’Inde. Les troupes les plus diverses se pressent pour y jouer. Le monde entier amoureux de la danse et du spectacle s’y donne rendez-vous trois jours en février de chaque année. Tous les hôtels sont réservés d’une année sur l’autre. Le maître des lieux le Guru Gangar est là en personne dans sa tunique de soie rouge, son pantalon de soie blanche, serré aux chevilles, crinière au vent, et fier, très fier ! Il peut l’être car ce lieu qui paraît ancien, il l’a créé lui-même. C’est là qu’il donne ses cours. Il est énorme, magnifique : magique !

Pour l’instant les petits clowns attendent des choses auxquelles ils ne s’attendent pas !


Les lumières se tendent vers le fond de scène, en haut sur le sommet des toits. Dans la nuit silencieuse, une musique s’élance qui fait frissonner le cœur de tous. Là haut, entre les séries de toits superposées, apparaissent danseurs et danseuses. Ils y développent un spectacle fantastique. Entre les couleurs des vêtements, la grâce ou la violence des mouvements, l’unifié de l’ensemble qui produit une immense énergie, la musique sublimant le tout, c’est une vision miraculeuse ! Au sommet, au-dessus du dernier toit, comme une ultime statue, un demi-Dieu, un danseur évolue. Il danse de tout son corps, en équilibre à quelques 30 mètres du sol. Les autres danseurs l’accompagnent. Le ballet se déplace tantôt sur la gauche, tantôt vers la droite, en hauteur, vers le bas… La nuit entière retient son souffle !

La danse terminée, dans l’ombre de son admiration, d’un seul élan, la foule applaudit la performance. C’est du délire.

Jean-Pierre  filme la scène en pensant à Béatrice et à Pascale, les danseuses-clownes présentes sur scène sur la photo de fond restées en France et qui seront si heureuses de voir ça !

Et…je n’ose pas imaginer ce que ressentent nos petits clowns français, ni ce qu’ils pensent, ni ce que nous allons pouvoir jouer après ce que nous venons d’admirer…

Parce que…enfin… ! Ce n’est pas terminé. Il reste 5 ou 6 groupes indiens à passer !

Des danseuses de tradition populaire. De tout jeunes garçons déguisés et habillés en filles comme le veut la coutume. Des groupes de musiciens classiques et de musiques folkloriques …

 Soudain Jean-Pierre et Yolande sont appelés sur scène pour des présentations : ils parlent, ils disent comment nous trouvons l’Inde, ce que nous ressentons, ce que nous apprécions.

Jean-Pierre est présenté comme un grand artiste international. Je le vois obligé de faire le clown pour ne pas s’effondrer ni perdre toute la face !  Il joue avec les deux micros, avec ses voisins de scène, fait semblant de ne pas comprendre…essaie un numéro ou il se plante …Tout le monde en rigole, même-moi, et tout le monde applaudit comme-ci comme ça, sûrement par politesse…

 

Et…puis arrive quelqu’un avec des papiers roulés. C’est la remise des diplômes. Mais oui…parce ils sont des personnes magnifiques qui font beaucoup pour le rapprochement France Orissa. Ils vont même jusqu’à l’appeler directeur de compagnie…

Quelques temps après il retourne dans les rangs, se remettre de ses émotions.

A notre tour ! Allons ! Voyons !

Notre troupe arrive chacun en faisant l’avion. C’est le survole l’Inde. On nomme des villes et on montre leurs particularités .Découverte du temple. On montre la beauté, l’étrangeté etc. Tous ensemble.

On se souvient d’avoir vu des danses sur les toits. On les joue. On se souvient d’avoir vu et entendu un orchestre traditionnel : on le joue.

On se souvient d’avoir vu des danseurs acrobates. On refait en clowns quelques images arrêtées. Comme si c’était un exploit.

On se rend compte qu’il y a des indiens devant nous. On descend dans le public pour les découvrir. On improvise. Cousin ? Copain ? Fiancée ? Premier ministre ? La télé ? On le joue tous ensemble. On est dans un marché indien. On prend le train. On quitte l’Inde. On a oublié Mélodie !!! On la cherche partout. On la retrouve. Elle a trouvé un fiancé indien. Un vrai spectateur qui n’était pas au courant auparavant….

 Un mariage franco-indien..                                                                             

Pour symboliser la rencontre on va jouer un mariage interculturel.

Mélodie a trouvé un jeune indien qu’elle ne lâche plus.
Elle prend au hasard un jeune garçon d’honneur

Jean-Pierre les amène sur scène. On met un voile à la mariée et une longue traîne bleue. Une veste au marié.On s’organise : à la mairie. A l’église.Jean-Pierre va prendre dans le public une femme pour être la maman de la mariée.

La maman passe les anneaux aux doigts du jeune couple.

Chaque français va prendre un indien ou une indienne parmi les spectateurs.

On s’organise en cortège et on fait plusieurs grands tours de scène.

Le public aime bien. Applaudissement.

On revient avec Madhumita

Elle danse une prière sur un enregistrement instrumental et vocal (paroles françaises)

Derrière elle, le groupe de clowns improvise des gestuelles soulignant les paroles.

La prière terminée, on s’avance sur une ligne saluer le public.

 On chante tous ensemble un mantra : « Sarvé bhavantu sukhina

Sarvé santu niramay  Sarvé bhadrani pashyantu  Ma kashtchit duhkha mapnuyat »

 Que tout le monde soit heureux

 Que tout le monde soit en bonne santé. Et ne voit que le côté positif des choses !

Que personne jamais plus ne souffre !

Om Shantih ! Shantih ! Shantih !

La Paix ! La Paix ! La Paix ! »

On sort

On revient en chantant :

« …Mera juta hai japani

Ye patloon englishtani

Serve lal topi russi… »

Traduction : « …Mes chaussures sont japonaises, mon pantalon anglais, mon chapeau rouge vient de Russie….mais mon cœur, lui, est indien… »
On danse en groupe. On se met en ligne. On se tourne. On sort le nez et on salue.



Inoubliable !!!



Par jpbes
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Jeudi 19 juin 2008

Rencontre avec la troupe indienne de « Jana Sanskriti »

 

Nous (Caravane Théâtre)  avions découvert la troupe indienne « Jana Sanskriti » au cours d’une rencontre internationale de théâtre de l’opprimé à Massy. Nous l’avions retrouvée ensuite à Rio. « Jana Sanskriti », c’est une magnifique troupe de « Théâtre De l’Opprimé » qui travaille dans le West Bengale (Inde du nord). Comme  cette troupe vivait des temps de grosses difficultés, nous avions décidé de l’aider. Il s’agissait, pour cette troupe, de s’affranchir de tutelles contraignantes et d’acquérir son indépendance. Nous avons proposé, afin d’amener une aide logistique et financière, de faire venir des Français en Inde suivre une formation au Théâtre Forum. Les Français paieraient leur formation comme si elle se déroulait en France et l’argent serait donné à « Jana Sanskriti ». Au cours de cette formation, Sanjoy le directeur de la troupe et moi-même, nous avons créé des spectacles de « Théâtre Forum » et de « Théâtre Images » avec les Français et les Indiens que nous sommes allés jouer dans des villages où Jana  Sanskriti commençait à s’implanter. Nous avons expérimenté l’interculturel. Nous avons pu vérifier qu’il était possible de travailler, de communiquer et d’intervenir pour transformer des situations d’oppression au-delà du langage avec les techniques du « Théâtre De L’Opprimé ».

 

Spectacle à Digambatpur :

 

A la fin su stage, nous décidons de partir jouer les spectacles dans les villages éloignés de Calcutta. Nous mettrons deux jours pour faire les cent cinquante kilomètres qui séparent Calcutta de ce petit village perdu au fond du Bengale.

Nous essuyons durant tout le trajet une mousson énorme qui nous contraint à descendre très souvent du bus pour nous réfugier dans de minuscules villages, dormir un peu n’importe où dans des cabanes de fortune, de petites pièces étroites et moites d’où l’eau ruisselle de partout avec obstination. Nous profitons des moindres éclaircies pour sortir explorer les environs. Etonnés et émerveillés à la fois comme des japonais découvrant Versailles. Tout était nouveau et surprenant : les caniveaux bouchés, les rues débordantes de monde, les murs défraîchis et brillants sous un soleil à chaque fois tout neuf. Le ciel, en ces temps ce mousson  paraît très gros, bizarre, d’un immense gris bleu comme vu à travers une grosse goutte d’eau, un télescope géant.


La mousson cette une bonne mère qui fait renaître la vie, qui abreuve de son eau comme d’un lait nourricier. Après la tétée, la nature comme les hommes semblent repus revivifiés. Les oiseaux rechantent, les gens re sortent des maisons. La rue re s’anime, on rattrape le temps perdu. La peur et l’ennui quitte les abris. L’énergie circule  à nouveau avec les dernières grosses eaux qui s’écoulent de partout. La vie descendue du ciel ranime les silences, elle gronde soudain dans les veines des hommes et les fossés débordant les rizières.



 Nous reprenons  le voyage. Il nous faut traverser une zone insécurisée. Dans cette région , particulièrement, à la sortie de quelques villages, des bandes de malfrats contrôlent le trafic et prélève ses « impôts » IL faut alors payer pour passer. Parfois c’est plus que de l’argent… Attention ! Danger si on vient de retirer de l’argent à la banque ou si on a fait le malin en exhibant ses billets. Le téléphone indien est très performant et vous n’avez pas encore mis les billets dans le porte feuilles que déjà à 50 kilomètres à la ronde « on » est au courant qu’un riche touriste est lâché dans le paysage. Mais « Sanjoy » nous rassure : « Vous ne risquez rien. On ne vous fera aucun mal. Jana Sanskriti est connu et très respecté dans la région ».En effet. On a été stoppé quatre ou cinq fois sans que nous n’ayons quoi que de soit à « donner » à  la douane « volante »

 

Sur la route nous prenons toute sorte de véhicules et voyageons comme des œufs dans le panier de la fermière. Au début comme « œufs mimosa », puis secoués en mayonnaise, écrasés en omelette espagnole, pour finir battus en neige et servis en île flottante…

 

 

Il nous arrive aussi de voyager super confortables, allongés comme des seigneurs sur des plates-formes de bois qu’on accroche ici derrière les vélos, ou bien : trimbalés dans des bus qui trimbalent, secoués, voyagés sur des sacs de riz, contre des sacs de riz, sous des sacs de riz etc. Toujours heureux de l’aventure !

Le plus dur c’est de terminer le voyage, marcher des heures dans la boue collante qui monte jusqu’aux genoux. Quel boulot de lever le pied !  Mais on le savait…On a le privilège de fouler la terre indienne (comme on foule le raisin chez-nous) de malaxer cette terre accueillante comme les potiers de Safi qui préparent la glaise avant de la façonner. On se fabriquait là, une belle part de notre vie et d’incroyables souvenirs. On riait de si bon cœur, avec nos amis indiens de chacune de nos glissades !...

Chemin faisant, on sourit de nos souffrances : si légères à côté de tant de misères rencontrées. « Sima » chante, « Sotho » l’accompagne de quelque instrument imaginé. On s’étire en file indienne comme un « serpent de verre ». Magique ! Dans la fatigue silencieuse et douce. Par contre notre bon docteur, lui, notre courageux docteur souffre en silence : il vint de se claquer un ménisque !

 

En arrivant aux abords du village de Digambatpur auquel on ne croyait plus, Quelques villageois nous attendent rieurs légers : si accueillants ! Alors, on s’installe sous le robinet délicieux. Digambatpur, c’est le village du Bengale Occidental où J.S. a décidé de faire son nid. Il est tout proche du  Bengladesh et de la mer, accroché sur un bras du Gange.




Ici, la beauté du site n’a d’égal que sa rusticité : pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de routes mais un terroir authentique et verdoyant.

 

Quelques heures, vers les six heures du soir, lavés, relaxés et choyés comme des invités de marque, nous nous préparons à donner nos spectacles. Le « Théâtre »  est là bas en bordure de la rizière. C’est une petite barrière de bois  faite de branchages entremêlés entourant une battisse au toit pointu recouvert de millier de petites ardoises fragiles. Au loin une forêt où palmiers et eucalyptus mêlent leurs branchages aux vent. .

 

Le soleil se couche entre les arbres, il plonge bientôt sur les rizières verdoyantes ondulant comme un fleuve et s’y noie. Dernière petite lueur que l’eau éteint.

 Arrivent en cortège, précédés de quelques lampes à huiles, les indiens du village, paysans et pêcheurs de crevettes, pieds nus. En tricots de peau relevés sur le ventre, genres de  « polos » délavés par le soleil, pantalons blancs de pyjamas « corsaires » ou simple tissus noués à la taille, avec un de effet de jupettes. Parfois le tissu est passé entre le jambes et pris sur le devant, à la taille, ce qui fait un short sûrement très agréable, ample et souple, parfait pour se déplacer dans la boue des chemins. Il y a aussi de nombreux enfants, des fillettes aux robes surannées, trop petites ou trop grandes, rarement à la taille, ouvertes au col et dans le dos.

IL fait humide, moite et chaud. On transpire toute la fatigue qu’on a marchée.

C’est bruyant. L’air est chargé d’insectes piqueurs et bourdonneurs.

 

Le théâtre est en fait une espèce de grande hutte d’une quinzaine de mètres de diamètres. Ouverte sur les côtés. Entourée d’une petit murette. Assis on y est protégé des intempéries « La hutte » est maintenue par quelques piliers. Le sol est de terre tassée.

Première séquence : La danse des bâtons.  Le spectacle des indiens.

 

La troupe de Jana Sanskriti nous fait la danse des bâtons en signe de bienvenue puis, c’est à notre tour de jouer. On le fait à l’indienne : comme au cirque, on dégage un cercle qui sera notre espace de jeu. On se dispose autour de ce cercle, en première ligne, aux quatre coins du rond ! Et, on n’est pas seul !

Dans cette enceinte de théâtre, il y a maintenant des centaines de spectateurs. Les plus grands sont montés sur la murette, les enfants se sont classés par taille. Assis pour les premiers, à genoux pour la seconde rangée. Des bébés incontrôlés circulent tout nus et « passent » de bras en mains.

Les moyens sont debout, viennent les tout petits dans les bras des mamans ou des papas en troisième position puis pêle-mêle les autres tailles. Certains s’assoient sur la murette. Les plus grands ou les plus timides sont debout, à l’extérieur comme un dernier cercle protecteur et amical.

Entre les plus hautes têtes et le toit de pailles de riz, violet foncé : une bande de ciel de nuit.

 L’histoire : scène d’exposition :

 

La scène se déroule dans une entreprise. Dans un coin du cercle, trois bambous de deux mètres de haut posés sur le sol comme un trépieds symbolise une maison. C’est celle du patron. Il bavarde avec sa femme

Sur le côté opposé, une femme fait un geste répétitif (comme à l’usine) elle est  assise entre deux autres femmes qui semblent travailler elles aussi. Une troisième arrive, sûrement en retard vu le geste du contre maître qui se lève, regarde sa montre et la réprimande violement.

Le patron quitte son domicile et vient s’asseoir sur une natte, au milieu de l’espace scénique.

Dans le coin gauche de la scène, je ne sais pas si vous avez remarqué il y a une seconde maison, entre les trois bambous : une jeune femme et un jeune homme.

Soudain, on entend de violents cris. Un homme s’avance, une atèle en bois à la jambe gauche. Il marche avec difficulté en s’appuyant sur un long bâton. Ca semble être le mari et le père des deux autres comédiens. Il explique son accident il vient d’être renversé par une voiture.  

La femme catastrophée, nous explique par des gestes simples qu’elle se demande comment la famille pourrait s’en sortir sans le salaire du mari.

Bien sûr il n’est pas question que le fils quitte son école.

Alors, elle se propose d’aller chercher du travail.

La voilà devant notre contremaître.

Après l’avoir, écouté, regardée, dévisagée, inspectée, examinée, soupesée et évaluée, notre homme  va trouver le patron.

« Comment est-elle ?» demande-t-il ? Et il mime très clairement les « arguments » que devrait avoir la jeune femme si elle espère être embauchée. Elle est embauchée.

Le patron la convoque dans son bureau, il lui propose à boire. Essaie de lui caresser les cheveux. Elle se résiste. Il la poursuit. Et comme elle refuse toutes ses avances,  il la renvoie travailler. On devine à ses regards qu’il ne la gardera pas.

 

La jeune femme explique à ses collègues comment elle a été agressée par le patron.

Toutes la repoussent. (Elles se détournent physiquement d’elle)

La cloche sonne. C’est la fin de la journée. Les ouvrières quittent l’usine. Le contremaître vient signifier à la dernière employée que si elle ne se soumet pas au patron elle sera renvoyée

Le jeu entre le contremaître  et le patron et le regard qu’ils lancent tout deux en direction de la femme, ne laissent aucun doute sur l’issue de l’histoire
La jeune femme qui veut travailler mais qui refuse les avances de son patron tend les bras et ouvre les mains en direction des spectateurs. Elle referme les mains en signe de prière puis elle r’ouvre les bras pour demander de l’aide.

 Fin de la première partie.  Place aux remplacements.


 
Sima est le joker de l’interactivité. Elle questionne le public en bengali. Elle propose aux spectateurs de venir aider la jeune femme en la remplaçant et en jouant à sa place leurs solutions..

 

  Une vieille vielle petite bonne femme d’indienne en sari blanc (style Mère Térésa) sort du public. Elle prend l’écharpe que portait la jeune femme opprimée (en signe de remplacement)

et va s’asseoir au milieu (de la piste) près du patron. Quand celui-ci lui propose un verre elle le refuse clairement, se relève, désigne le sol de son doigt impératif et prend un visage sévère et déterminé : « Pose ton verre à terre et ne refais plus jamais ça ! ». Après,  elle lui tint tout un discours (qu’on ne comprend pas)

Les spectateurs se marrent !

  Une jeune femme  sort du public à son tour. Elle se met à genoux devant le patron. Et fait le geste de la prière. Le suppliant de l’embaucher. Le priant comme si c’était son dieu…

Elle lui baise les pieds. Lui, perdu ne sait plus que faire.
Les français rient.
Le public indien applaudit.

  Une femme se met avec les ouvrières, prend la place de l’une d’elle.

Quand l’opprimé de retour de son entrevue avec le patron vient la trouver pour requérir son aide, elle se lève, essaie, sans succès d’entraîner les autres ouvrières. Elle va se planter devant le patron qu’elle invite d’un geste autoritaire à se lever et lui « parle du pays » Elle essaie de le sensibiliser à la situation désespérée de cette famille.

Elle lui dit qu’il le tire son argent des travailleurs.

Comme ce patron ne semble rien entendre, elle se retourne vers la comédienne opprimée (dont elle a pris la place) et lui tient un discours moralisateur. Elle lui donne des conseils pleins de « pêche » (dont la comédienne ne peut pas ne pas retenir l’aspect rebelle, frondeur, tenace et déterminé)

 Et le public commence à s’échauffer (après s’être bien chauffé…) 

Note : Sima le personnage « Joker » parle très mal l’anglais. Les traductions qu’elle fait parfois de ce que disent les acteurs indiens ne sont pas compréhensibles. Pour comprendre ce qui se passe du côté indien, pour improviser, les comédiens français se baseront davantage sur les intentions qu’ils devinent, sur leurs intuitions, sur le langage non verbal et l’énergie qui sous-tendent les mots, sur de la mélodie des phrases plus que sur leur sens.

De plus Christian qui joue le rôle du patron oppresseur, lui-même (et d’autres acteurs)  parle peu l’anglais et pour moi ce n’est pas si pratique de traduire une traduction et faire les aller retours continuels. On reste donc sur l’intuition et l’inter culture. L’important c’est que ça marche !

 

Une autre jeune et belle femme sari vert pomme, Tilak au front les yeux passés au « col » un léger maquillage… (Malicieuse, elle sourit de temps en temps sur elle-même ou sur le bel effet qu’elle prépare) se met devant le contremaître puis devant le patron les défiant du regard.

 

Une autre va secouer le fils pour qu’il aille lui-même travailler

Enfin un homme prend la place de l’opprimée (ça rigole de partout). Comme il ne peut pas se faire entendre de Christian le patron, il s’adresse aux autres spectateurs pour trouver de l’aide. Les spectateurs tout excités s’en mêlent dans un brouhaha indescriptible

 Mais malin il attend patiemment que les comédiens poursuivent l’histoire comme si de rien n’était. Quand arrive la femme du patron, il la prend par le bras et (on le devine)  lui explique la situation. Le patron se fait alors rosser par la patronne sous les applaudissements du public, du joker et des tous les autres spectateurs.

 Le forum  bat son plein, les acteurs tout comme les spectateurs se libèrent.

Quand Christian est tout à fait perdu, les français lui lancent des  « …vire le !....colle-lui z’en une…t’es un véritable enfoiré comme mec…alors, t’a pas honte !...tu fais ça parce qu’elle ne peut pas comprendre…raciste .Tu fais le malin devant les faibles …etc. »

Je pense que les indiens doivent faire la même chose !

  Un autre homme remplace la femme : il (elle)  parvient à mobiliser les autres ouvrières sur son sort. Elles vont toutes ensemble « faire la fête au patron » C’est un déchaînement ! Tout le monde se défoule. Haro sur le patron ! Cette allégresse générale démoralise Christian qui (vraiment) s’effondre par terre « J’en ai mare » Dit-il !

Et là on commence à découvrir la véritable histoire : l’une des ouvrière est la maîtresse du patron, l’autre est une bonne copine à sa femme, le contremaître  touche des bakchichs pour les embauches etc.

 Ah ! Le forum, on y explore toutes les situations, même celles auxquelles on ne pensait pas. L’interculturel ! Quelle énergie communicative ! Quelle poésie se dégage des incompréhensions ! Pas besoin de mots, le langage du corps, les expressions du visage, les déplacements, la lenteur ou la rapidité des gestuelles, la force ou la faiblesse des intentions etc. tout ça aide à la compréhension. On atteint au langage universel : pas de barrière pour la communication, l’entraide, la solidarité. Comment on s’extrait des histoires et des malheurs quand on ne rendre pas dans les détails qui font qu’on projette et qu’on s’englue dans sa propre histoire !!! On prend de la hauteur !!! On prend de la distance !!! On voit le fond, pas uniquement la forme. La forme n’est là que pour révèler les enjeux.

 

Troisième partie : le défoulement :

 

Un homme prend la place de la femme du patron. Il le battra à mort sous les hourra de la foule on se croirait dans les arènes romaines. Pour un peu on tournerait le pousse vers le sol pour mettre à mort ! Une vraie correction. C’est un peu tirer sur l’ambulance ou bien achever le blessé…et ça dure…ça dure

 

Un autre homme remplace la femme et c’est elle (lui) qui va sans qu’on ne lui demande rien trouver  chaque ouvrière pour leur demander si elles n’auraient pas de problèmes avec son mari. C’est qu’on deviendrait méfiant dans la famille !...

Cela se re termine par une re mise à mort de la bête !

Puis ce sera une intervention policière

Le mari qu’on avait abandonné dans cette histoire viendra lui aussi se faire justice.

Epilogue

 Le jour se cache peu à peu. Nous ne sommes bientôt plus éclairés que par quelques lampes à huile. Faibles lueurs vacillantes. La nuit tombe, sur le théâtre, solide comme du béton. Elle pèse sur nos épaules et sur nos têtes. Les enfants excités se calment.

Paradoxalement les yeux  des uns et des autres s’ouvrent à l’intelligence de l’inter culturel au bonheur de se comprendre. L’effort et la tension de comprendre puis de lâcher l’intellect nous réunissent. Nos corps se rapprochent. Les souffles se mélangent maintenant. Nous ne sommes plus des français et des indiens côte à côte mais des Êtres unis par la magie de ce « Théâtre » : qui n’est pas tout à fait que du théâtre  mais plus du bonheur à  vivre l’instant, à nous pousser à imaginer, tous ensemble, notre meilleur futur.

 

On reste là deux jours à jouer, communiquer, découvrir cette vie fascinante des « pêcheurs-paysans-comédiens » Quand au milieu d’une nuit sur chauffante, dardar il nous faut lever le camps : il paraît q’un ouragan menace. C’est vrai que le ciel est très sombre, sans la moindre étoile, balayée par le vent super violent. Nous montons sur une étrange embarcation, une espèce de barque très plate et longue, de celles qui servent à la pêche par ici.

Passer du rivage à l’eau nous  prend un certain temps et quelques frayeurs. On est une vingtaine à devoir prendre place là où dix personnes suffiraient à faire chavirer l’engin. A chaque monté la fragile embarcation balance et menace de chavirer. Il faut tester lentement l’équilibre au ralenti, marcher léger, avancer prudemment : danser sur l’eau. Le plus  risqué c’est d’y installer les 110 kilos de notre bon docteur.

Puis miracle, on s’est écarté du bord ! La barque glisse sur l’eau. Ça y est : on flotte sur un Le Gange.

Au devant de la barque un indien sonde le fond avec une corde lestée d’une grosse pierre, guidant la trajectoire de la barque. Rament quatre rameurs. Au milieu du fleuve et du silence, une voix soulève un petit chant de nuit, léger comme un voile. Chanson langoureuse qui calme l’angoisse de chavirer, d’être emportés au loin, vers la mer.

 On est là « sous les étoiles exactement » mais on se sent davantage au fond de l’encrier… et la tornade qui menace !...

 On n’a qu’une seule lumière ! Une seule, celle que l’homme à la corde a installée à ses côtés pour guider le bateau


Une heure plus tard  « Terre ! Terre ! »  
c’est la délivrance !!!
C’est comme si on venait de découvrir  l’Amérique 
En fait, c’était bien mieux que ça ! 
 Et on le savait tous.

Par jpbes - Publié dans : Témoignages
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Samedi 14 juin 2008

 

"Traverser la rue des autres...."


Vers la fin de chaque « rencontre autour du personnage du clown » Nous sortons Indiens et Français avec nos nez et nos habits de clown à la rencontre de la vie et de la population locale

 

   Dans les rues au café « Kiran » et jardin public.

 Les clowns sortent du théâtre en processionnant les uns derrière les autres.

Bientôt ils abordent la rue et se séparent. Les uns sortent en famille, papa maman et les deux petits. D’autres en bande de japonais disciplinés, appareil photo à a ceinture, caméra à l’épaule, traducteur à balais aux oreilles, suivent le guide. S’extasient à la demande. Prennent des lanternes pour des vessies et le défilé des vélos taxis pour une course de chars.

Là c’est un couple franco indien et d’autres individualités, électrons libres à la découverte de la ville.

Les gens commencent à s’assembler en foule de plus en plus compacte.

Arrive une voiture de police. Une Clowne se penche dans la voiture, par la vitre ouverte. Saisissant l’incompréhension des policiers, son amie lui tend son gros  téléphone rouge

(Un vrai, avec un vrai fil de téléphone, comme celui de  la maison)

On arrive devant le musée, sur un grand rond point. La circulation ralentit puis se fige. Les voitures au garde à vous nous laissent le passage.

Notre famille Clowne est suivie par trois petites mendiantes. Les clowns se retournent et saluent les trois enfants de quelques profondes courbettes, jusqu’à toucher terre. Les gaminent surprises s’enfuient en riant. Elles reviennent au bout de quelques minutes,

 Pépito et deux jolies clownettes s’en vont faire la manche  avec elles. Ils se feront quelques roupies en faisant des « tours de magie » pour de riches promeneurs.


Mis pétunia aide un mendiant à se faire quelques sous en suppliant les promeneurs de mettre une roupie dans la petite casserole où ami promenait la photo de son dieu préféré.

  Faut dire que Pépito avait mis sa plus belle jupe, la rose, sur ses pantalons de cirque vert mandarine, il s’était fait une énorme paire de moustaches que n’auraient pas osé arborer le plus macho des râjasthâni. Il portait beau un gilet de sauvetage trop court, un nœud papillon énorme sur son tee-shirt échancré et sous son béret vert fièrement penché sur l’oreille gauche, un kéfir blanc et rouge noué vers l’arrière en queue de cheval. Il portait autour du cou un tuyau de douche avec son pommeau qui pendait  à l’extrémité Bref de quoi s’émerveiller !

Elisabeth, elle, belle grande brune aux yeux de charbon noir, un bout de rideau vert pomme dans les cheveux, collants noirs (ajourés s’il vous plaît !) sous une jupe à volants, prise au dessus de la poitrine, Droite dans ses Santiag, elle poursuit de ses sourires un jeune indien à lunettes,  tout gris, tout timide et  tout bienheureux.

 Il faut savoir qu’en Inde on ne se tient pas par la main, même fiancé, ce n’est pas correct, on ne s’embrasse pas,  surtout pas ! Ce n’est pas permis par la culture ! Et même si on pouvait se permettre quelques attentions entre hommes et femmes, jamais une jeune fille ne pourrait se permettre de faire des avances à un garçon ! Alors, pourquoi est-ce que ça marche et que c’est possible quand c’est une Clowne qui se « déclare » ouvertement et en public en plus ?!

 Elle tente de le séduire en soufflant dans  son petit trombone miniature, mais en vain

 Elle abandonnera la partie quand un marchand de cigarettes lui demande de l’aider à vendre sa marchandise. La musique montrera là une bien meilleure efficacité. C’est le marchand lui-même qui s’était permis de l’appeler ! (Est-ce que c’est bien à la Clowne qu’il s’est permis de s’adresser ?!.. à l’Etrangère ?!... à la Rigolote ?!A qui ?)

  Lala prend d’asseau un vélo et s’improvise driver pour dames.

Ce qui s’est passé durant cette heure de déambulation :

Les clowns ont essayé tous les moyens de locomotions rencontrés sur les deux ou trois kilomètres de l’aller retour du théâtre au jardin public. Une charrette tirée par un âne, un vélo taxi,

Ils ont aidé une vieille femme à porter son sac d’herbe.



Un jeune handicapé à faire avancer son fauteuil roulant.

Vendu des glaces et des cigarettes
Fait la manche etc.

 un autre jour suite 


 
Au café du jardin. Quand les clowns s’assoient pour la pose coca, c’est toujours un attroupement qui se forma autour d’eux. La population vient assister au spectacle que ne manquent pas de donner les »artistes »

 Parfois, quand un clown solitaire passe par là,  il se répand un grand silence,  le monde se fige, le temps se suspend, on attend l’événement. Qu’est ce que cet étrange personnage est donc venu faire ici. Et là c’est le vrai miracle du clown. Ce qu’il va faire prend tout à coup un sens énorme, tout peut advenir. C’est la véritable fonction du spectacle, éclairer d’un coup de projecteur un petit coin du monde, pour comprendre le sens du « Tout ».


Le pouvoir du clown, dès ce moment là et pour un petit instant seulement est immense. Il est au centre de l’univers et le public est suspendu à ce qu’il peut révéler.
Qu’est-ce qu’il fait ?

Il peut se contenter de faire une grosse farce.

IL peut prendre toute la lumière sur lui pour son propre salut.

Il peut créer du sens : prendre la main du petit mendiant et l’accompagner dans ses sourires, retrouver sa maman dans la foule, cueillir une fleur dans le pot de roses et la mettre en boutonnière

Trois clowns, tel les daltons indiens dévorent à dix mètres de distance les « samosas »   du boulanger. Ça a l’air tellement bon  qu’on  pourrait les accuser de grivèlerie  Et c’est tellement  savoureux qu’ils s’en excusent auprès du vendeur. Je remarque que, sans faire exprès ils se sont coiffé de bonnets l’un bleu l’autre blanc et rouge pour le dernier.

Ils sont magnifiques et drapeau français!

 

Pankash la jeune indienne et Sophie fondent dans les bras accueillants d’une dame plantureuse et souriante. Elles viennent de se trouver une maman. Elles en reçoivent toutes les caresses et les baisers qu’elles sollicitent. Maman adoptive les serre contre sa poitrine. Un photographe s’approche et toutes les trois posent avec un large sourire.

Voilà un fort  moment  d’émotion pour les personnes qui jouent les clowns. On voit bien qu’il n’y a aucune tricherie chez les clownettes comme chez la « dame » qui fait la maman. Les bises sont de vrais baisers, Les trois visages et les corps enlacés expriment une joie profonde et vraie.

Une jeune française dans les bras d’une femme indienne qu’elle ne connaît que depuis quelques secondes. Une attention fraternelle et délicate de la Clownette indienne qui demande par geste à sa « nouvelle » maman de ne pas oublier de donner un baiser à sa soeur. Une femme indienne d’âge mûr qui joue , dans un lieu public très fréquenté, devant ses compatriotes et sa vrai famille à adopter sur le champs et avec autant de générosité, deux jeunes enfants inconnues 

Qui peut réaliser un tel miracle ?  Si non : Les clowns !?



 
   La clownette Lolita, le paysan et la jeune veuve

  Au cours d’un voyage nous nous sommes arrêtés dans une campagne près de Jaipur. Lolita, dans le bus   s’était habillée en indienne, penjâbi jaune et foulard rose, des claquettes aux pieds. On croise un bonhomme d’indien d’un âge bien certain qui dévisage lolita, la suit dans sa promenade  et semble lui porter un grand intérêt. Lolita s’en aperçoit, jauge notre homme pour reconnaître ses intentions. L’homme lui parut normal, simple  et très sympathique. Après quelques instants d’approche, notre bonhomme apprivoisé est prêt à jouer avec elle. Elle le précède, nettoie le chemin devant ses pas, lui chasse les moustique, écarte les branches et les gêneurs. Lui sert de guide et de dame de compagnie. L’homme s’en amuse. Elle se met en miroir avec lui et tout deux passent quelques minutes à se lisser et à se friser les moustaches, imaginaires pour Lolita. Ils s’amusent tout deux à se faire des clins d’œil, ils s’amusent à jouer ensemble.


Plus tard et dans un autre village, Lolita est invitée à prendre le thé dans une maison. Une jeune femme va se prendre d’amitié pour elle. Elle sort sa machine à coudre qu’elle enveloppe soigneusement dans un linge et lu montre comment on s’en sert. Puis elle  l’entraîne dans un recoin de la pièce qui lui sert de salon, jusque près d’un foyer, un simple trou creusé à même le sol, qui lui sert de cuisinière. Là elle lui apprend à préparer le thé.

Leur amitié toute aussi instantanée que profonde les fait glisser petit à petit dans une incroyable intimité.



La jeune femme lui raconte sa vie, ses malheurs, sort la photo de son mari, qu’elle cachait dans une veille boîte en carton qu’elle cachait dans sa chambre. Elle lui raconte que son mari est mort d’un accident de mobylette deux années auparavant. Que la vie est dure sans lui, que le petit le réclame encore et qu’elle ne sait plus comment vivre ni comment faire avec tout ça. C’est touchant de les voir si proches, complices jusqu’à l’émotion, elles qui ne se connaissaient pas une heure auparavant !

 

 (Jean Pierre Besnard)

 

Par jpbes - Publié dans : Témoignages
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Vendredi 13 juin 2008

Voyager, c’est  le plus souvent de partir qu’on revient, de trop rester qu’on part.

 

Le centre de formation « Théâtre sans frontières » organisait un stage de dix mois réunissant des comédiens, des formateurs, psychologues et orthophonistes

Utilisant le théâtre comme moyen de dynamisation et de restructuration de la personnalité, le pari de cette action était, dans le cadre du « crédit formation individualisé », d’apprendre à un groupe d’une quinzaine de jeunes illettrés, à lire et à écrire, (C.F.I.)

Pour cela, nous créons un spectacle original qui puisse servir de support au travail d’acquisition de la lecture et de l’écriture. En plus de cette création, à mi-parcours de la formation, nous organisons une tournée. C’était en août 89.

 

Nous avions beaucoup chanté ! Et même écrit une chanson de fond pour ce spectacle : «L’étranger».

 

« D’où nous arrivait-il

Avec sa gueule d’étranger

De quel pays trop sec

De désert et de guerre..

D’où nous arrivait-il

Belle gueule d’étain

De quel pays sans âme ?..

 

Et quel était ce jour ?

Et comment le maudire ?

L’hiver était alors

D’un bleu qui tranchait l’ombre

Déjà comme un printemps …..

 

Je crois me rappeler

Qu’il y avait du vent

Quand il passa le pont….

 

Jeunes en difficultés, chômeurs, délinquants, illettrés… de galère en survivances, d’enfances inavouables en horizons bouchés, en échec de partout, corps et âmes entre déchirures et arrachements, à force de se trimballer cette gueule de travers ou ce corps de trop bronzé, il fallait s’en aller. Comme une dernière chance. Amarres larguées pour largués…

 

Une fois, nos amusements désolés quand, d’un voyage en voiture, nous avons découvert que l’illettrisme, ce n’est pas seulement avoir dé-su lire-écrire les mots:

            — Alors ici on est où ? C’est l’Ariège ou la campagne ?

            — C’est la montagne en Ariège.

            — Mais alors, c’est l’Ariège ou la montagne ?...

            Quand de toute son enfance, on n’est pas sorti du foyer d’accueil, à Toulouse Ville, que certains ne connaissent pas le nom de leur père, qu’aucun ne sait le nom de ses quatre grands-parents…

 

D’ailleurs pour la plupart qui n’avaient jamais pris le train, jamais campé de leur vie, jamais vécu en groupe, l’Ariège, à deux cents kilomètres de Toulouse, c’était la grande aventure.

 

Comment trouver sa place ? Elle est loin d’être donnée d’avance. Mais «Si tu cherches…»  ce sera le nom de leur spectacle. Dans une galère sans nom pour monter leur tente, ils se sont acharnés et ça a fini par marcher. Normal qu’à la dernière minute, quand il a fallu présenter le spectacle et trouver sur le champ un nom pour la troupe leur choix unanime fut: «Jeunes sans frontières». L’identité du groupe s’est découverte le jour de la première, comme une filiation re-trouvée.

 

Découvrir les frontières et l’association «Jeunes sans frontières». Justement, est-ce moi qui la véhicule si fort qu’ils l’entendent à chacun de nos voyages, cette question dé-routante, dé-bordante ?

 

Immigrés comme eux, exilés de nos racines comme de nos devenirs, où trouver notre place? Sans patrie, sans attaches, sans références, sans bornes, mais sans limites et sans interdits aussi…?

Alors, tout est possible? J’ai le droit!

Et si je ne l’ai pas, je le prends !

 

Alors très vite, besoin d’un cadre à se construire, sinon c’est la folie. Et c’est Farida qui peut se permettre de lâcher le spectacle à deux minutes du début, s’octroyant du même coup un pouvoir infini. Et les shoots en plein stage, l’alcool juste avant de jouer et le vol des copains. Et ce quelque chose qui n’a pas dû passer, qui  ne s’est pas résolu, comme « l’interdit de l’inceste », ou le « tu ne tueras point ».

 

Des bases branlantes pour une éthique effilochée… Et puis pour certains, cette perte de repères qui va jusqu’à l’insupportable, visites de grottes préhistoriques, ils ne savaient même pas que ça pouvait exister.

Et là, émerveillement, découverte… Et puis ces questions :

            — « Mais où sont les bistrots ? »

            — «  C’est quoi ce pays ? ».

Et puis ces envies et ces affirmations de soi :

            — «  Je préfère rester à la buvette. »

            — « J’aime pas la campagne. »

 

C’est le voyage dans le miroir … l’image de soi…

 

Cela peut paraître banal, mais la problématique centrale de ces bandes de jeunes était  la question de leur identité : Identité sexuelle, parentale, nominale : qui suis-je? Ou plutôt : Qui ai-je la place d’être, dans ma peau, dans mon look? C’est quand la costumière a commencé à intervenir dans le stage, qu’ils ont déchaîné les plus odieuses insultes, réaction de rejet effarante quand on a voulu toucher à l’enveloppe, ce qui vous cache découvre, voile dévoile…

 

Alors le voyage, c’est peut-être découvrir des lieux, des choses matérielles inconnues, mais c’est surtout un voyage intérieur vers sa propre identité, et, au-delà, des liens qu’on tisse avec l’autre, dans et hors du groupe.

 

Le voyage est un miroir…

 

C’est comme quand tu vas boire à la rivière, tu bois, mais tu te vois. Tu vois ton reflet dans l’eau et pourtant tu n’étais venu que pour boire. Chaque spectacle est un miroir…

 

D’ailleurs, en tournée, la première des choses que nous avons faites, ce fût d’acheter un miroir pour chacun. Pour se maquiller certes, mais les maquillages, miroirs dans le miroir, reflétaient l’évolution des jeunes. Les maquillages ont beaucoup bougé du soir de la première à la fin de la tournée.

 

 …Les « scènes » hors la scène…

 

Christian : Putain y’a plus de noir pour les yeux, vous faites chier ! Vous avez tout pris ! Merde ! J’arrive pas à passer le blanc ! Jean Pierre, tu m’aides?...Non, pas comme ça !  C’est pas ça que je veux !

Jean Pierre : Dépêche toi Christian, on commence dans dix minutes ! T’as pas encore ton costume ?! On n’attend que toi ! 

Christian : Maquillé comme ça. Moi, je joue pas ! 

Jean Pierre : C’est très bien comme ça, allez viens ! 

Christian : Non j’te dis, comme ça je joue pas !

Michel intervient : Si tu veux pas jouer, on se débrouillera sans toi. Personne n’est irremplaçable.…et Christian a joué.

 

Le lendemain.

Christian : J’ai besoin que quelqu’un m’aide à me préparer, je sais que ça fait gamin, mais, pour le moment, j’en ai besoin. Hier  j’ai fait ma crise. Il faut bien que vous m’aidiez à ce que j’accepte de me débrouiller tout seul. 

C’est difficile le maquillage. On est seul avec son double, les yeux dans les yeux, à chercher, allez savoir, quelle ressemblance.

 

Le miroir, c’est l’écran, et pas de Rambo providentiel qui surgirait de  l’autre côté, pas de héros à fantasmer. Et toutes ces cicatrices à cacher, ces blessures qui me renvoient cruellement à mon histoire. Mon histoire que je cherche à fuir depuis si longtemps. J’ai besoin d’une autre main, une main plus sûre qui m’aide à gommer tout ça.

 

Plus tard Christian se fera aider par quelqu’un d’étranger à l’aventure, et il jurera qu’il se maquillera tout seul la prochaine fois. La chirurgie du crayon et de la poudre de riz...

 

...Un voyage initiatique vers une re...mise au monde.

 

L’évolution du maquillage, c’est l’évolution du rapport aux autres, de l’image que je projette pour ou contre les autres. Ce fût très fort qu’ils finirent par accepter de toucher à leur image, de la transformer, de la déformer. Surtout si on se souvient qu’au début certains étaient dans le refus comme Rachid qui refusait tout costume, tout maquillage. Même le «kimono-blanc-tenue-de-travail-pour-tous». Page blanche sur laquelle ils allaient écrire tous leurs possibles.

 

Mourad s’était enfermé dans sa propre image. Impossible pour lui d’imaginer qu’il pourrait être quelqu’un d’autre, ne serait-ce que l’espace d’un jeu. D’autres, trop prompts à toujours changer de registre, ne parvenaient pas à arrêter un choix. Tous ont fini par trouver une place, une peau, comme un terrain d’entente avec eux-mêmes.

 

...Partir c’est nourrir un peu…

 

Et cette place à se faire dans la communauté des autres, quand on débarquait pour offrir le spectacle, dans les colos ou dans les villages-vacances : on était là, mais parfois il y avait un os lorsque nous donnions le spectacle en échange d’un accueil ; je me rappelle, la première soirée où des hôtes bien-pensants, contraints de nous nourrir, nous firent l’insulte de dresser nos tables en dehors de l’enceinte de la fête et nous servirent de la saucisse de porc quand tous les autres résidents du camp avaient les côtelettes d’agneau qui nous passaient sous le nez.

 

Nous les animateurs, accompagnatrices, éducateurs, metteurs en scène, papas et maman de tous, nous étions peut-être les seuls à mal le vivre. D’ailleurs, pour eux, ce n’était qu’une répétition, une habitude, une malédiction, une « maudissure » depuis toujours fatalisée. Tant pis, on mangera des tomates et du pain ce soir. Comme ils ont été nobles, ce soir-là, de donner le meilleur d’eux-mêmes dans le spectacle, eux qui avaient si peu reçu.

 

Voyager c’est reposer la question essentielle, celle de la survie. On se confronte à des réalités élémentaires. On arrive en camping sans lampe de poche, sans affaires pour la pluie, sans même un sac de couchage. C’est comme cela qu’au début, beaucoup d’entre eux se sont laissés porter et nourrir par le groupe. Une consommation boulimique de maquillage, du matériel collectif qui disparaissait…

Qui vole-t-on là ? Suis-je à ce point mon propre étranger ?

 

…Voyage dans l’urgence… à la découverte des enjeux…

 

Parfois, on a le sentiment qu’il faut les surveiller comme le lait sur le feu et pourtant, quand le plus grave arrive, ils assurent comme jamais. Installation du matériel. Le lecteur laser ne marche pas… Panique. Pour nous. Eux, ne semblent pas concernés par le problème. Ils se promènent tranquilles, balancent des pétards dans la rue, déclenchent une sonnerie d’incendie, tout pour se faire remarquer. Nous, les adultes, on se consacre à la réparation du matériel. Enfin on y parvient. En plein spectacle, un orage. Tout saute. La technique ne se remet en marche que lorsque les éclairs se calment un peu. Les éclairages et la musique sautent régulièrement. Qu’importe, ils font très bien.

                                                                        

Le comité des fêtes qui nous recevait, ne retiendra de leur passage que des images de désordre. On nous priera en partant de ne plus jamais les solliciter. Les pétards et les sirènes qu’ils ont déclanchés compteront plus que l’orage apprivoisé, le contrat tenu et le spectacle joué envers et contre tout.

 

Et lorsque Alphonse nous quitte, suite au décès d’un proche parent, et qu’Alain, un formateur, le remplace, tant bien que mal, qui ne dira pas tout à fait le même texte, qui ne se placera pas sur scène à l’endroit ou il faut ; si certains s’en trouvent désarçonnés, et on le serait à moins, d’autres se donnent le plaisir d’improviser avec une incroyable justesse.

Bien dans son personnage, et, sans se décaler d’un pouce, Jalil en profite même pour utiliser l’anomalie et laisser voir un espace de lui encore plus vrai qu’avant. Instants magiques où, d’un apparent désordre, peut naître le plus merveilleux d’une vie.

...Le spectacle comme monnaie d’échange...

 

Et qu’est-ce que je suis ? Et qu’est-ce que j’ai ? Moi qui ne possède rien ?

 

A peine le pouce à lever pour faire le voyage et pas même un ticket de bus en poche. Et puis, me retrouver à quelques vingt kilomètres de chez moi, devant un public qui me nourrit, devant des yeux fascinés qui répondent à mes jeux. Et après le spectacle, ces enfants dans mes bras, ces hommes qui me parlent, à moi qui sait à peine… Et plus tard, le repas offert, le moteur du bus qui ronronne, autant de cadeaux que je ne comprends pas… Mais si, j’ai donné un spectacle… votre cœur en échange… Et dans le regard des gens qui me questionnent, je sais quel voyage on vient de faire ensemble….

 

Quel voyage on vient de faire les uns dans les autres… Les petits viennent tremper leurs doigts dans les pots encore ouverts de nos maquillages, moi, encore plein de traces, j’emporte sur mes joues un peu de mon personnage, et, sortant de la salle, je sais que nous entrons dans cette nuit qui ouvre sur d’autres rencontres.

 

Le voyage continue.

 Le voyage prolonge le voyage.

 Le rêve élargit le rêve.

 

Et le retour : vers quels départs ? En septembre nous avons remisé les paillettes et repris le travail sérieux. A l’escale, premier bilan:

 

Lydia fait vingt-huit fautes de moins qu’avant de partir en tournée. Pourtant nous n’avons pas travaillé l’orthographe pendant cette période.

 

Yamina, vingt-quatre ans, et Driss, dix-neuf ans tous deux fuyant un avenir tracé par les parents, quittent leur foyer respectif, coupent le cordon et prennent leur envol, ensemble.

 

Christian a décidé de passer un BAFA pour être animateur auprès des jeunes enfants. Ahmed qui s’est occupé des éclairages tout au long de la tournée, s’est trouvé  un projet professionnel : il sera électricien.

 

Jalil  et Abderaman veulent, à tout prix, devenir comédiens.

Ahmed, l’autre Ahmed, celui qu’on nomme « le grand » pour le différencier de son homonyme, a décidé de consacrer toutes ses économies à l’achat d’un matériel complet de camping.

 

Des couples se sont formés. Nous sommes invités aux mariages. Tous semblent être concernés par leur avenir. Tous ont trouvé à faire un stage pratique dans une entreprise de leur choix. L’un comme monteur sportif, l’autre comme fleuriste, cuisinier ou conducteur de poids lourds.

Li qui s’occupait des maquillages, va faire un stage dans une école d’esthétique.

Kera nous a quittés. Elle a trouvé du travail comme agent de collectivité. Elle qui n’a jamais vécu que d’assistanat, n’est pas peu fière d’avoir désormais un « salaire bien à elle ».

 

Le spectacle est en sommeil, nous le reprendrons plus tard.. Peut-être…

Ils l’aiment beaucoup… Ils en parlent souvent. Ils décident ce qu’il faudra améliorer, transformer, ajouter. Le spectacle est à eux désormais, mais il n’est plus une priorité. Après avoir tant ramé, leur investissement, leur régularité nous étonnent, nous, dont la vie a été empoisonnée durant six mois par le fait d’avoir sans cesse à rappeler le cadre, le règlement du stage. Bien des choses ont changé. Certaines transformations ne sont pas toujours faciles à vivre.

Hamid, autrefois leader du groupe, a perdu sa place, d’autres ont pris le relais. Il parle de quitter le stage.

Abderaman, en quittant ses parents découvre de nouveaux problèmes : comment payer un appartement lorsqu’on gagne à peine de quoi se nourrir… Et trouver un boulot, sans formation, c’est galère.

Yamina, partie elle aussi de chez elle, sait que son père la fait rechercher. Il veut la tuer. Elle a très peur. Et elle sait de quoi elle parle ! Il va peut-être falloir, momentanément, partir ailleurs, se mettre à l’abri dans une autre ville.

Akim, déchiré entre l’émergence de ses nouveaux projets professionnels et l’impossibilité de rentrer en conflit avec ses parents, qui souffre, qui souffre beaucoup. Jusqu’à se rendre insupportable. Voir ce que nous allons décider pour lui, s’il reste ou non dans le stage, comment l’aider. Aura-t-il la force de suivre son propre chemin ou la voie que ses parents lui ont pré-destinée, décidé de «faire la nique» au fatalisme?

Et leurs rêves à eux? Est-ce si fou que ça de prétendre à une place, quelque part où poser ses bagages ?

 

Et puis un autre groupe, un autre voyage...

 

C’était en mille neuf cents et quelques... Mais tous les voyages ne se ressemblent-ils pas? Une expérience de théâtre, de jeunes, de réinsertion, de bonheur et de place... enfin, un truc pour vivre. Le spectacle c’est l’histoire d’un village, traumatisé par un vol encore commis par, croyait-on, un étranger, forcément, et qui avait, pour se protéger, fait sauter l’unique pont qui le reliait au monde. Ce village, qui s’était refermé sur sa peur, avait fini par apprendre, par la force des choses, à vivre en vraie communauté. Les habitants, prêts à mourir, victimes de leur propre terreur, comprenaient enfin que le pont n’avait sauté que dans leurs têtes. Délivrés de la prison de leurs habitudes, les villageois partaient, guidés par l’étrange étranger. Tous, bien décidés à partir pour un très long voyage. Certains de rencontrer le « Cheval Bleu » de tous leurs rêves d’enfant.

….amarres larguées, pour jeunes  largués ?...

 

« Nous aurons du pain doré comme les filles sous le soleil d’or.

 Nous aurons du vin, de celui qui pétille même quand il dort.

Et notre âge alors, sera l’âge d’or » chantait  Léo Ferré.

 

Voilà ce qu’ils chantaient à la fin du spectacle ? Et si ce rêve inaccessible, venu du lointain de l’enfance, n’était simplement que le « devenir adulte » ?  Ce voyage là sera le début d’une longue itinérance. Une façon d’accompagner la galère et ses fans, les « desperados », les jeunes et leur souffrance. De sortir avec nos enfants. De partir ensemble aller se faire pendre ou se faire voir, d’accord, mais différents. Ailleurs où il ne fait pas forcement meilleur, mais où ce sera peut-être la chance de se trouver beaux et confortables parce qu’il n’y a rien ni personne à qui se comparer.

 

Loin des miroirs cassés, des habitudes tellement compactes, des brisures et du silence. Là où l’on voit la mer qui chante, en vrai, et pas seulement dans les coquillages des vacances des autres. Là où l’on goûte à tout, parce qu’on ne nous a pas dit d’avance quel goût ça doit avoir. Là où l’on peut aimer. Peut-être.

 «  Il me tarde de rentrer chez-moi ».

Pour les autres, toute sorte de projets : « A mon arrivée, je vais faire ça et ça. ».

 

En suivant les autres, j’ai connu presque autant de voyages que de  voyageurs: le voyage d’Ulysse, celui qui est revenu plein d’usages et avec une raison : vivre parmi les siens, le reste de ses aventures. Celui de  Mohamed le Candide qui a fini jardinier, à retourner son jardin comme son âme. J’ai suivi le voyage immobile de Françoise notre Pénélope, elle qui n’a jamais voulu regarder le monde que de l’intérieur, bien confortable, assise au premier rang, juste derrière le chauffeur et qui attend.

 

Quoi ? On ne le saura jamais, sauf que l’on ressent la paix intérieure qui lui donne un sourire de Joconde. Christian Crusoë, l’Unique, toujours seul, même au milieu de la foule, Brassens Georges et son arbre, qui n’est jamais aussi bien que chez lui.

Les voyages, c’est comme à la télé, une suite d’épisodes qui ne sont à la fois, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres... Ou comme au cinéma  j’ai vu jouer « Le vieil homme et la mer », « Le tour du monde en quatre-vingt jours », « Le retour du Jehdi », le beau « Fanfan la tulipe » et tous  les aventuriers de l’arche perdue.

 

 

C’est d’aller au loin qu’ils ont trouvé, pour les uns des racines, une famille…             

« Caminante no hay camino

Es tu camino el andar..”

 

Marcheur. Le chemin n’existe pas.

Le chemin, c’est ton pas

 

                                                                       "Marie Josée Eréséo"  et "Jean Pierre Besnard "

 

 

Par jpbes - Publié dans : Témoignages
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Jeudi 12 juin 2008

 

Pendant deux ans, à Pau, cinquante compagnons d’Emmaüs ont été formés au « Théâtre Forum » par un professionnel . Ils ont ensuite donné une vingtaine de représentations dont une au « Forum Social Mondial » de Bombay. Du chômage à l’emploi des femmes, ils ont eux-mêmes choisis les thèmes traités. Ce travail a aidé les compagnons à développer leur autonomie et a contribué à changer leur image.

 En Juin 2001, la troupe indienne « Karwan » (formée par JP Besnard*) en tournée en France donne une représentation à la communauté d’Emmaüs Pau Lescar. Son directeur, Germain Sary est  impressionné par la force et l’impact de « ce théâtre » est souhaite l’introduire dans la communauté.

Un partenariat s’engage avec Caravane Théâtre. D’avril 2003 à juin 2004, JP Besnard forme des compagnons aux techniques du théâtre interactif. Ainsi, naîtra la troupe « Namasté » qui créé 10 spectacles de théâtre forum et se produira régulièrement pendant 1an ½. Elle donne 20 représentations publiques, touche plus de 1500 personnes dans l’agglomération paloise, et plus d’un millier de personnes en participant au forum social de Bombay en janvier 2003.

 

« Namasté » permet la rencontre des compagnons avec des publics très variés : jeunes en difficulté, travailleurs sociaux en formation, adhérents d’associations, publics de rue…elle atteint ainsi son premier objectif : ouvrir la communauté vers la cité, faire partager les valeurs de solidarité, et de convivialité défendues par Emmaüs et plus largement, changer les représentations parfois négatives sur les compagnons. Le second objectif visé dans ce travail : l’aide au développement personnel et à l’autonomisation des compagnons, est validé pour la majorité des compagnons acteurs. A « C’est notre théâtre, c’est notre force ». N.« J’ai été bouleversée de jouer avec ce public » C.« Ca me fait énormément plaisir de faire passer des messages » S. « Cà fait réfléchir, ça fait réagir,c’est très fort pour moi »

 Démarche participative intégrée.

 L’outil théâtre interactif est particulièrement adapté à ce public en situation de vulnérabilité. Il  utilise un médiateur : la création artistique. Il s’appuie sur le non-verbal. Il nécessite l’implication des bénéficiaires à toutes les étapes du processus. Il s’agit là d’une démarche participative « intégrée ».

 Modalités de mise en œuvre.

 Sur deux week-ends nous présentons les méthodes, créons et jouons un premier spectacle avec quelques compagnons volontaires, pour diffuser l’information à l’intérieur de la communauté.

18 compagnons poursuivent l’expérience et forment l‘ossature de la troupe « Namasté » ; aucun pré requis n’est souhaité. Caravane Théâtre forme aux techniques mais ne s’implique ni dans le choix des participants, ni dans celui des thèmes des spectacles.

 

Les ateliers théâtre ont lieu deux jours consécutifs par mois sur 18 mois. La première journée est prise sur le temps de repos hebdomadaire. L’autre journée, les « compagnons acteurs » sont dispensés de leur travail ordinaire. C’est là l’implication de l’ensemble de la Communauté.

Nous travaillons avec les outils du Théâtre interactif crées par Augusto Boal* : « Théâtre Forum » et « Théâtre Images ». Nous donnons des ateliers de « Clown Théâtre » pour libérer les tensions et l’expression des émotions.

Tous les compagnons sont régulièrement sollicités pour entrer dans la troupe, ils sont plus de 40 à participer ponctuellement sur les 18 mois. Il a toujours un noyau suffisant pour encadrer les arrivants, assurer les spectacles.

 

Les thèmes développés : chômage, emploi des femmes, logement, alcool, exclusions, risques environnementaux, citoyenneté, engagement social, mondialisation et l’écologie, sont choisis par les compagnons, joués devant la communauté toute entière pour être validés avant d’être donnés à l’extérieur. Ainsi témoigne M. à la fin d’un spectacle : « Vous êtes le miroir de la communauté. En faisant passer les messages à l’extérieur, vous montrez ce que les compagnons peuvent être, (…) que le compagnon n’est pas un misérable et qu’il a dans le cœur toute une palette de possibilités et de passions. Il faut témoigner. C’est ce que vous faîtes et vous le faites bien !»

Facteurs facilitants et limites.

 C’est l’énergie impulsée par le responsable de la Communauté qui a permis de démarrer cette action. Elle s’est poursuivie, soutenue par l’intérêt que les compagnons ont trouvé dans ces techniques pour eux-mêmes et pour les publics, par leur engagement social et enfin grâce à la mobilisation de toute la communauté.

Celle-ci vit sur ses propres ressources. Cet avantage au départ de l’action s’est révélé être un frein : il a été très difficile de concilier disponibilité pour le théâtre et nécessité du travail « productif » indispensable à l’autonomie financière.

 De plus personne ne s’est proposé à la fin des 15 mois de formation  à l’intérieur de la communauté pour reprendre la « direction » de la troupe, exigence posée par le directeur de la Communauté pour continuer l’expérience.

Après concertation entre les acteurs et le responsable, l’activité théâtrale s’est arrêtée.

 Le désengagement du formateur n’a probablement pas été suffisamment anticipé par le groupe et le temps global de formation peut être sous-estimé compte tenu du type de public ciblé. Malgré cela, le responsable conclue : « Je me réjouis ce soir de voir l’évolution que vous, acteurs, vous faîtes en tant que personne, dans votre expression et dans votre aisance. J’ai quelques échos qui me parviennent de l’extérieur, je vous le dis : on ne s’attend pas à ça d’Emmaüs !

 Cette expérience  a montré qu’il était possible et bénéfique de mobiliser toute une communauté. Quant à la difficulté que pourrait représenter pour certains l’arrêt du théâtre, nous savons que, à Emmaüs Pau Lescar les compagnons ont accès à toute une palette d’activités artistiques. Ils ont à leur disposition nombreuses possibilités pour exprimer leur potentiel créatif, relationnel, social ou humanitaire ainsi que dans l’engagement politique.

L’arrêt du théâtre s’il a pu engendrer quelques regrets, se saurit être traumatisant. Il aura été, au contraire, un apport important et une force à insuffler dans de nouveaux défis.

 Théâtre Forum : rétablir le dialogue.

  Le théâtre Forum s’adresse à tous, IL n’a pas été créé spécialement pour des personnes en situation de précarité. Le but ultime de ce théâtre est : le bonheur. Il tente d’y faire parvenir en favorisant le rétablissement du dialogue entre les Être humains. Il ne s’agit pas d’adapter les individus à un monde insatisfaisant, mais de transformer le monde lui-même.

Augusto Boal le créateur de cette forma théâtrale a lui même une formule magnifique, c’était d’ailleurs son slogan lorsqu’il a fait campagne pour de=venir « véréador » député de Rio : «  Ayons le courage d’être heureux »’. «A ce théâtre tout le monde peut jouer même les comédiens.. Nos dernières actions nous ont amenées à former des narcologues russes, des paysans à Rio Grande Do Sul (pour dénoncer les danger de l’utilisation massive des pesticides) des ONG du Rajasthan (pour tenter de réduire les migrations des paysans vers les villes) des membres du « planning familial » (pour dénoncer les violences conjugales) etc.

La position des professionnels n’est pas de prendre la parole à la place de ceux qui la désirent et ne savent pas comment la « révéler », mais bien de les aider a y avoir accès.

Le Théâtre Forum a ses propres règles de fonctionnement, sa déontologie et sa propre éthique. Sa pratique ne représente aucun danger si on suit sa démanche et que l’on en respecte la philosophie. Cependant il ne serait pas sérieux des personnes trop fragiles à des animateurs inexpérimentés (risque de décompensation, de passage à l’acte, danger de confondre Théâtre Forum et psychodrame) Il est nécessaire de se garantir du sérieux et du professionnalisme des intervenants par un cadre éthique posé en amont de toute action. En ce qui me concerne, je n’ai pas connu, en vingt cinq ans de pratique d’événements dommageables pour les « acteurs » comme pour les « publics ».

 

Jean Pierre Besnard Directeur artistique et pédagogique de Caravane Théâtre

Tel :06 08 28 89 97
Contact  mail :
 
caravth@club-internet.fr  
Sites web  de l’association :
 
www.planete-clowne.com      
 www.caravane-theatre.com www.parcourireslemonde.com

  Augusto Boal « Jeux pour acteurs et non-acteurs » La Découverte

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